Anthropic accuse des laboratoires chinois de détourner Claude
Anthropic affirme que sept laboratoires chinois ont siphonné Claude via des comptes frauduleux et des clés volées. Le groupe dit avoir repéré près de 200 millions d’échanges détournés et renforce ses filtres.
Anthropic accuse sept laboratoires chinois, dont Alibaba, DeepSeek, Moonshot AI, Xiaomi, Zhipu, SenseTime et MiniMax, d’avoir détourné à grande échelle les échanges de Claude pour entraîner leurs propres modèles. Dans son rapport semestriel publié le 10 septembre, l’entreprise parle de près de 200 millions d’échanges siphonnés depuis décembre. L’enjeu dépasse la querelle entre éditeurs d’IA : il touche à la sécurité des modèles, à la propriété des données et aux usages commerciaux de ces assistants. Et, au passage, à la question très terre à terre de savoir qui paye la facture quand l’outil sert de matière première à un concurrent.
Une mécanique de distillation devenue industrielle
La distillation, dans le jargon de l’IA, consiste à faire apprendre à un modèle plus léger le comportement d’un modèle plus puissant. Le procédé est classique et licite quand il est consenti ; il devient beaucoup plus gênant lorsque les requêtes sont récupérées sans accord. Anthropic dit avoir retrouvé des chaînes de comptes frauduleux, des cartes bancaires volées et des clés d’API dérobées, avec des relais commerciaux qui revendraient ensuite l’accès à Claude.
Selon le rapport, Alibaba aurait mené l’opération la plus massive, avec 151 millions d’échanges entre mai et juillet, soit jusqu’à 3 millions par jour, via plus de 3 500 comptes créés avec de fausses identités et des cartes bancaires volées. Zhipu aurait extrait 3,4 millions d’échanges en dix-sept jours. De son côté, Moonshot AI aurait transmis en silence près de 300 000 requêtes de ses clients à Claude sur dix jours, via 5 380 comptes frauduleux localisés à Singapour et au Japon, avant d’afficher les réponses comme si elles venaient de Kimi.
Des services grand public au cœur du dossier
Le cas DeepSeek est décrit comme plus sélectif. Anthropic affirme que ses systèmes repéraient les développeurs passant par des outils comme Claude Code ou OpenCode, puis redirigeaient leurs sessions vers Claude Opus. Les échanges étaient ensuite enregistrés pour extraire les chaînes de raisonnement du modèle américain et nourrir l’entraînement de DeepSeek. Xiaomi aurait, de son côté, rejoué dans Claude les sessions de ses propres utilisateurs.
Le rapport cite aussi SenseTime, accusé d’avoir acheté des transcriptions à des revendeurs, et MiniMax, soupçonné d’avoir monté une société-écran ne proposant que des modèles américains. Dans plusieurs requêtes relayées, Anthropic dit avoir retrouvé des noms, des adresses e-mail, des jetons d’accès encore actifs et même des prévisions d’investissement d’un laboratoire pharmaceutique, dans une douzaine de langues. Un utilisateur vraisemblablement lié à l’armée chinoise aurait aussi fait analyser des données de vidéosurveillance, en pensant s’adresser à Kimi.
Pourquoi Anthropic durcit le ton maintenant
Le groupe américain n’en est pas à sa première alerte. En février, il pointait déjà trois labos. En janvier 2025, OpenAI accusait DeepSeek d’avoir distillé ses modèles au moment où R1 attirait l’attention des marchés ; Google a documenté le même phénomène cette année. Cette fois, Anthropic insiste surtout sur l’industrialisation de la chaîne : non plus des tests artisanaux, mais une véritable logistique du vol de capacités, avec grossistes et détaillants.
Reste une limite évidente : l’accusateur est aussi un concurrent direct. Aucun des sept labos visés n’a réagi publiquement à ce stade, et les éléments publiés restent ceux d’une seule partie. Anthropic dit avoir renforcé ses filtres et résumer désormais le raisonnement de Claude pour rendre les transcriptions volées moins utiles. Le problème n’a pas disparu pour autant : si l’IA sert à la fois d’outil, de cible et de matière première, la frontière entre innovation et pillage devient franchement poreuse.
Points clés
- Sept laboratoires chinois visés par Anthropic le 10 septembre.
- 151 millions d’échanges attribués à Alibaba entre mai et juillet.
- Près de 200 millions d’échanges détournés au total selon Anthropic.
- Moonshot AI : 300 000 requêtes en dix jours, selon le rapport.
- OpenAI avait déjà accusé DeepSeek en janvier 2025.
En chiffres
- 151 millions d’échanges — opération attribuée à Alibaba, mai-juillet, rapport Anthropic.
- 3 millions par jour — pic évoqué pour Alibaba, mai-juillet, rapport Anthropic.
- 3,4 millions d’échanges — extraction attribuée à Zhipu sur dix-sept jours.
- 5 380 comptes frauduleux — cas Moonshot AI, selon Anthropic.
- 10 jours — durée du transfert silencieux de Moonshot AI, selon le rapport.