Comment la Chine domine la recherche en IA et redéfinit la géopolitique technologique

En 2024, la Chine a surpassé les États-Unis, le Royaume-Uni et l’UE en volume de publications et brevets en intelligence artificielle. Cette avancée traduit une stratégie nationale d’indépendance et d’innovation qui bouleverse l’équilibre mondial.

En 2024, la Chine s’est imposée comme la première puissance mondiale en intelligence artificielle (IA), dépassant en volume de publications scientifiques les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Union européenne réunis. Cette domination ne se limite pas à la recherche académique : elle s’accompagne d’une forte croissance des brevets et d’une structuration nationale qui vise à faire de l’IA un levier stratégique majeur. Selon un rapport de Digital Science publié en 2025, cette dynamique traduit une volonté politique et économique de faire de l’IA un atout géopolitique incontournable.

Une croissance exponentielle et une indépendance technique affirmée

Depuis 2000, le nombre de publications mondiales en IA est passé de moins de 10 000 à 60 000 en 2024. La Chine produit désormais autant d’articles que les États-Unis, le Royaume-Uni et l’UE-27 combinés, captant plus de 40 % des citations mondiales, soit quatre fois plus que les États-Unis ou l’UE individuellement. Cette progression s’accompagne d’une moindre dépendance aux collaborations occidentales : seulement 4 % des publications chinoises impliquent des co-auteurs des régions occidentales, alors que 25 % des articles britanniques incluent un chercheur chinois. Même les tensions politiques et les restrictions américaines sur les échanges technologiques n’ont pas freiné ces liens scientifiques.

La sortie en 2025 de DeepSeek, un chatbot open source développé en Chine sans recours massif aux GPU coûteux, illustre cette autonomie technique. Ce projet, sous licence MIT, témoigne d’une maîtrise croissante des technologies clés malgré les contraintes liées aux pénuries de semi-conducteurs. Par ailleurs, la Chine compte plus de 30 000 chercheurs actifs en IA, soit le double des États-Unis, avec une population de chercheurs très jeune, signe d’un investissement sur le long terme.

Une innovation répartie sur tout le territoire

Contrairement aux États-Unis ou à l’Europe, où la recherche en IA est concentrée dans quelques pôles, la Chine déploie son activité sur un large réseau d’institutions. En 2024, 156 établissements chinois ont publié plus de 50 articles chacun, contre 37 aux États-Unis et 54 dans l’UE. Cette diffusion géographique témoigne d’une stratégie visant à construire une infrastructure robuste et difficile à concurrencer ou à perturber.

Cette dynamique se traduit également dans le domaine des brevets : la Chine dépose près de dix fois plus de brevets liés à l’IA que les États-Unis, confirmant la transformation de la recherche en applications concrètes et en protection industrielle. Le secteur privé chinois rattrape rapidement son homologue américain, avec un nombre croissant d’entreprises engagées dans la recherche et développement en IA.

Europe et Royaume-Uni : des positions contrastées

En Europe, la collaboration interne reste forte, mais la connexion avec les autres régions est plus faible, ce qui limite l’impact global. Malgré des investissements publics importants, comme en France, aucune institution française n’a atteint le seuil de 50 publications en IA en 2024. Le Royaume-Uni, plus modeste en taille, maintient une visibilité élevée grâce à un fort taux de citations, mais dépend de plus en plus de la Chine pour ses collaborations.

Points clés

  • En 2024, la Chine produit autant d’articles en IA que les US, UK et UE-27 réunis.
  • Plus de 30 000 chercheurs actifs en IA en Chine, soit le double des États-Unis.
  • 156 institutions chinoises ont publié plus de 50 articles en 2024.
  • La Chine dépose dix fois plus de brevets IA que les États-Unis.
  • 25 % des publications britanniques en IA incluent un co-auteur chinois.

En chiffres

  • 60 000 publications en IA dans le monde en 2024.
  • 40 % des citations mondiales en IA attribuées à la Chine en 2024.
  • 30 000 chercheurs en IA actifs en Chine en 2025.
  • 156 institutions chinoises avec plus de 50 publications IA en 2024.
  • 10 fois plus de brevets IA déposés par la Chine que par les États-Unis.

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