DeepMind se recentre sur Gemini face à OpenAI et Anthropic

Koray Kavukcuoglu prend la tête de DeepMind et reporte directement à Sundar Pichai. Google veut accélérer sur Gemini, le code et les outils pour développeurs afin de combler son retard sur OpenAI et Anthropic.

Koray Kavukcuoglu devient le patron de DeepMind, l’unité IA de Google, et rend désormais compte directement à Sundar Pichai. Cette promotion, annoncée alors que la compétition s’intensifie avec OpenAI et Anthropic, doit remettre Gemini au centre du jeu. Google cherche surtout à réduire l’écart sur les modèles de pointe, mais aussi sur un terrain devenu décisif : le codage. Petit détail qui n’en est pas un, c’est souvent là que se gagne la bataille de l’IA utile, pas seulement celle des démonstrations spectaculaires.

Gemini, le code et les développeurs dans la même main

Le nouveau périmètre de Kavukcuoglu est large : développement des modèles Gemini, recherche dite de frontier AI, application Gemini et équipes dédiées aux développeurs. En clair, Google rassemble sous un même responsable la machine de recherche, le produit et sa diffusion auprès des créateurs d’applications. Selon Brian Hopkins, analyste chez Forrester, cette organisation ressemble davantage à une structure de produit qu’à un laboratoire. C’est précisément le signal envoyé par Google : moins de dispersion, plus d’exécution.

Cette inflexion intervient après plusieurs mois où les rivaux ont repris de l’avance. Google avait marqué des points avec Gemini 3 en novembre 2025, puis Gemini 3.1 Pro en février, mais les lancements de 2026 n’ont pas, selon les sources citées par CNBC, remis la firme au niveau des modèles les plus avancés d’OpenAI et d’Anthropic. Pour combler ce retard, Google a même monté en interne une équipe baptisée Code Strike, chargée de renforcer les capacités de programmation. Le message est limpide : le code est devenu un test de crédibilité pour les grands modèles, pas un simple bonus de démonstration.

Un passage du laboratoire à la cadence produit

Kavukcuoglu n’arrive pas en terrain neutre. Déjà CTO de l’unité IA et architecte IA en chef chez Google, il avait progressivement repris des responsabilités à Demis Hassabis, désormais président de DeepMind. Plusieurs analystes y voient un virage vers la rapidité de livraison et la feuille de route produit, au détriment d’une orientation plus académique. Ray Wang, chez Constellation Research, estime que cette nomination traduit une priorité donnée à l’exécution. Nick Patience, du Futurum Group, va plus loin : la première étape serait de livrer Gemini 3.5 Pro, puis de montrer une cadence de sortie plus prévisible.

Cette lecture n’est pas dénuée de logique. Google a parfois semblé hésiter entre recherche fondamentale, modèles multimodaux, robots, santé et produits grand public. Or le marché, lui, tranche vite. Les entreprises veulent des modèles solides, mais aussi des outils stables, documentés et intégrables. Si Kavukcuoglu parvient à aligner tout cela, DeepMind pourrait retrouver une trajectoire plus lisible. Si ce n’est pas le cas, Google continuera à courir après deux acteurs qui ont pris de l’avance sur le segment le plus stratégique du moment. La salle d’attente de l’IA de pointe est déjà bien remplie.

Le pari de Google : mieux vendre, même en rattrapant le terrain

Ce réajustement ne dit pas que Google est en crise. Loin de là. Lors de la dernière conférence de résultats, Sundar Pichai a indiqué que près de 90 % des entreprises du Fortune 100 utilisent Gemini Enterprise, ce qui montre une monétisation déjà bien installée côté cloud. Sebastian Mallaby, auteur de The Infinity Machine, souligne aussi que l’IA de Google est déployée dans Android et dans les fonctions liées à Siri et Apple Intelligence sur iPhone. Autrement dit, Google vend déjà beaucoup d’IA, même si son modèle de pointe n’est pas toujours celui qui fait les gros titres.

Reste une autre variable, plus géographique celle-là. DeepMind est né à Londres et y a longtemps conservé une forte présence, mais Kavukcuoglu a quitté la capitale britannique pour Mountain View. Des observateurs y voient une consolidation du leadership IA aux États-Unis, sans certitude sur les effets à long terme pour l’écosystème britannique [à vérifier]. Alphabet a, de son côté, vu son titre reculer à l’annonce de ce remaniement, après une hausse d’environ 76 % sur douze mois. Dans ce contexte, Google joue une partition assez classique du secteur : garder les revenus, rattraper la technologie, et espérer que les deux courbes finissent par se croiser.

Ce que cette nomination change pour la suite

La portée du changement dépasse DeepMind. En confiant à Kavukcuoglu les modèles, l’application Gemini et les équipes développeurs, Google choisit une logique d’intégration serrée. Cette approche peut accélérer les cycles de sortie et rendre la stratégie plus lisible pour les clients comme pour les investisseurs. Elle peut aussi réduire la place laissée aux grands paris de recherche qui ne trouvent pas immédiatement leur place dans une feuille de route commerciale. Pour Google, l’équation est simple à formuler et plus dure à résoudre : redevenir crédible sur le front des modèles de pointe, sans perdre l’avantage industriel déjà acquis.

  • Kavukcuoglu succède à Demis Hassabis à la tête de DeepMind.
  • Il reporte directement à Sundar Pichai, selon Google.
  • Gemini 3 est sorti en novembre 2025, selon CNBC.
  • Anthropic et OpenAI ont lancé de nouveaux systèmes en 2026.
  • Près de 90 % du Fortune 100 utilisent Gemini Enterprise.
  • Alphabet a progressé d’environ 76 % sur douze mois.

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