Eka Robotics veut faire passer la préhension robotique à l’échelle
La startup Eka Robotics lève 150 millions de dollars en série A et atteint une valorisation de 1,45 milliard de dollars. Son pari: un modèle Vision-Force-Action capable d’améliorer la préhension des robots grâce au retour de force.
Eka Robotics, startup de robotique fondée par Pulkit Agrawal et Tuomas Haarnoja, a levé 150 millions de dollars en série A, selon une annonce publiée le 20 octobre 2026 par Andreessen Horowitz. La société est désormais valorisée 1,45 milliard de dollars post-money. Son objectif est précis: rendre les robots capables de saisir, ajuster et manipuler des objets avec plus de fiabilité, dans des environnements industriels encore difficiles à automatiser.
Pourquoi la force change la donne
Le cœur de la thèse d’Eka tient en trois mots: Vision-Force-Action. En clair, le robot ne s’appuie pas seulement sur ce qu’il voit, mais aussi sur ce qu’il sent au contact de l’objet. Cette différence compte, car la préhension échoue souvent à ce fameux dernier millimètre où un objet glisse, tourne ou résiste au moment de l’insertion.
Selon Eka, les robots actuels restent limités quand il faut manipuler des objets variés sans réglage manuel constant. La startup explique avoir conçu conjointement le modèle, la perception, le contrôleur et le matériel pour que le contact physique devienne une source d’information, et non un simple incident. Une pince qui détecte une prise qui glisse peut corriger son geste. Une tentative d’insertion peut se réajuster si la résistance change. C’est moins spectaculaire qu’un bras qui s’agite dans une vidéo de démo, mais beaucoup plus utile en usine.
Un modèle entraîné en simulation, pas dans des entrepôts entiers
Eka mise sur l’apprentissage par renforcement en simulation physique. Cette méthode permet à des robots virtuels d’essayer des millions de variantes de position, de friction ou de contact avant de passer sur machine réelle. La startup estime ainsi pouvoir générer des milliers d’heures d’expérience robotique en quelques minutes.
La différence avec l’apprentissage à partir de démonstrations humaines est nette. Les vidéos de formation montrent ce qu’il faut faire, mais pas toutes les façons d’échouer. Ici, l’idée est de faire croître l’expérience avec la puissance de calcul, pas avec des équipes de collecteurs de données. Reste le piège classique du secteur: l’écart entre simulation et réalité. Les lois de la physique ont un sens de l’humour limité, mais elles aiment rappeler qu’un matériau souple en vrai ne se comporte pas toujours comme dans un simulateur.
Des performances prometteuses, mais encore à confirmer en production
Dans les tâches de pick-and-place et de bin picking, Eka dit pouvoir atteindre environ 1 500 prises par heure, contre environ 600 pour un humain, avec un taux de réussite supérieur à 95 % selon TechCrunch. Andreessen Horowitz ajoute que le système a montré des capacités sur des objets fragiles, des pièces industrielles glissantes et des tâches d’insertion avec contact. La startup affirme aussi que son matériel de pince coûte moins de 1 000 dollars et vise 5 millions de cycles d’utilisation, avec un objectif de 20 millions, seuil évoqué pour les bras industriels standards.
Ces chiffres restent toutefois à prendre comme des résultats de laboratoire et de pilotes, pas comme une validation à grande échelle. Eka travaille déjà avec plusieurs clients industriels sur des cas comme le pick-and-place et la manipulation de fils, mais le vrai test viendra sur des lignes d’assemblage réelles, sur la durée, avec un niveau de panne quasi nul. C’est là que les projets de robotique quittent souvent le PowerPoint pour la salle des machines.
Une thèse industrielle au-delà de la démonstration
Pour Andreessen Horowitz, la préhension dextre est l’un des grands verrous de la robotique. Beaucoup de tâches physiques restent difficiles à automatiser, notamment dans la fabrication, l’électronique, la logistique ou l’agroalimentaire, parce que le monde réel est variable: les pièces bougent, les matériaux se déforment, les objets glissent et les connecteurs n’entrent pas toujours du premier coup. Si Eka parvient à rendre sa technologie robuste, elle pourrait réduire la dépendance au travail manuel dans des chaînes où l’automatisation classique s’arrête encore trop tôt.
Les fondateurs revendiquent justement une approche pragmatique. Pulkit Agrawal, professeur au MIT, et Tuomas Haarnoja, ancien chercheur chez Google DeepMind, disent vouloir d’abord réussir deux verticales: le tri, l’arrangement, la prise et la pose, ainsi que la manipulation de fils. Ensuite seulement, l’ambition pourra s’élargir. Dans la robotique, mieux vaut souvent gagner une bataille très concrète que promettre la lune avec une pince.
Ce que regardent les investisseurs
Le tour est mené par a16z et F-Prime. Le signal envoyé est clair: les investisseurs veulent des modèles d’IA capables d’atteindre un niveau de performance utile dans le monde physique, pas seulement des systèmes généralistes qui comprennent une consigne mais peinent à la transformer en geste fiable. Andreessen Horowitz présente Eka comme une tentative de combler le fossé entre généralité et performance, un problème qui freine encore beaucoup d’usages industriels.
Si la société réussit, elle pourrait faire basculer une partie de la robotique de la démonstration vers l’exploitation industrielle. Si elle échoue, elle rejoindra la longue liste des modèles très impressionnants en vidéo et beaucoup moins convaincants au bout d’une chaîne de production. Pour l’instant, Eka a surtout montré qu’elle savait attirer l’argent et susciter de fortes attentes. La suite dira si la main robotique tient vraiment la charge.
En chiffres
- 150 millions de dollars — série A annoncée le 20 octobre 2026, selon TechCrunch.
- 1,45 milliard de dollars — valorisation post-money, selon TechCrunch.
- 1 500 prises par heure — performance annoncée en laboratoire, soit environ 2,5 fois un humain.
- 95 %+ — taux de réussite annoncé par Eka pour la prise d’objets.
- Moins de 1 000 dollars — coût annoncé de la pince matérielle.