Google DeepMind se réorganise au moment où sa course à l’IA ralentit
Demis Hassabis quitte la direction opérationnelle de Google DeepMind pour devenir président et scientifique en chef d’Alphabet. Google confie les commandes à Koray Kavukcuoglu, alors que les départs s’accumulent et que Gemini perd du terrain.
Google a confirmé le 5 août 2026 une réorganisation majeure autour de son IA : Demis Hassabis quitte la direction opérationnelle de Google DeepMind pour devenir président de la structure et directeur scientifique d’Alphabet, tandis que Koray Kavukcuoglu prend les commandes quotidiennes. L’annonce intervient dans un moment délicat pour Google, après plusieurs départs de figures historiques et alors que la bataille des grands modèles reste serrée face à OpenAI et Anthropic. En Bourse, Alphabet a perdu environ 4 % après l’annonce. Le signal est clair, même si la communication officielle parle d’un recentrage sur la recherche de long terme.
Hassabis garde le titre, mais plus le volant
Sur le papier, Demis Hassabis monte en grade. Dans les faits, il abandonne ses « responsabilités opérationnelles quotidiennes » chez Google DeepMind, selon le message qu’il a adressé à ses équipes. Il conserve la présidence de Google DeepMind, reste à la tête d’Isomorphic Labs et devient chief scientist d’Alphabet, un poste qui lui permet de se concentrer sur l’AGI, l’intelligence artificielle générale, c’est-à-dire une IA capable d’approcher une grande variété de tâches intellectuelles humaines.
Cette sortie de la gestion courante ressemble moins à une simple promotion qu’à un changement de rôle bien réel. Hassabis, longtemps présenté comme le visage de Google dans la course aux grands modèles, se détache du pilotage de Gemini, de l’application et des outils développeurs. Il dit vouloir consacrer plus de temps à la science, à la stratégie de long terme et aux applications médicales via Isomorphic Labs. Une manière élégante de dire qu’il préfère la recherche aux réunions qui s’enchaînent. On a vu pire comme excuse.
Gemini sous pression, Google sous pression
Le timing compte, car Google ne traverse pas sa période la plus confortable. Selon les éléments cités par la presse américaine, Gemini 3.5 Pro a pris du retard, notamment sur les performances en code, un terrain où Anthropic et OpenAI auraient pris l’avantage. Google avait pourtant repris de l’élan fin 2025 avec Gemini 3 Pro, puis a vu cet avantage s’éroder en quelques mois avec de nouveaux modèles chez ses concurrents et la montée d’alternatives open source, y compris chinoises, moins coûteuses à utiliser.
Dans ce contexte, la nomination de Koray Kavukcuoglu a une lecture très opérationnelle. Présent chez DeepMind depuis treize ans, ancien directeur technique de Google DeepMind et architecte en chef de l’IA chez Google, il travaillait déjà sur Gemini et son intégration dans les produits du groupe. Il doit désormais livrer plus vite, mieux aligner DeepMind avec le reste de Google et transformer la recherche en produits. Le poste est plus exposé qu’un laboratoire, et beaucoup moins confortable.
Une série de départs qui en dit long
Hassabis n’est pas le seul à changer de trajectoire. Le même jour, Google a annoncé le départ de Jeff Dean, arrivé il y a 27 ans, figure centrale de l’infrastructure technique de l’entreprise et cofondateur de Google Brain. Il part avec Sanjay Ghemawat, Oriol Vinyals et Quoc Le pour lancer Discovery Loop, une société à mission dédiée à l’automatisation de la recherche scientifique et de l’ingénierie. Google reste investisseur fondateur et fournisseur cloud du projet.
Le mouvement s’inscrit dans une suite de départs qui fragilise l’image de stabilité de l’IA maison. En juin, Noam Shazeer, co-auteur de « Attention Is All You Need », avait quitté Google pour OpenAI après être revenu dans le giron du groupe en 2024. Deux jours après l’annonce de Hassabis, John Jumper, co-lauréat du prix Nobel de chimie 2024 avec lui pour AlphaFold, a annoncé rejoindre Anthropic après neuf ans chez DeepMind. Le symbole est lourd : Google forme, attire, puis voit partir une partie de ses têtes d’affiche.
Pourquoi Google retient encore Hassabis
La version officielle de Google reste cohérente avec le discours de Hassabis. Le chercheur dit travailler depuis toujours vers l’AGI et estime que le moment est venu de se concentrer sur les questions scientifiques, stratégiques et géopolitiques de long terme. Il veut aussi consacrer davantage de temps à la découverte de médicaments, avec l’ambition de viser des maladies comme le cancer. Dans cette lecture, la nouvelle fonction l’éloigne du quotidien sans l’éloigner du cœur du sujet.
Mais une autre interprétation circule en filigrane : celle d’une séparation progressive, très encadrée, pour éviter un départ brut qui enverrait un mauvais signal au marché. Alphabet garde ainsi une figure emblématique, tout en confiant le pilotage à une génération plus opérationnelle. Le message est simple : Google veut montrer qu’il tient encore la route, même si la route a quelques nids-de-poule.
Points clés
- 5 août 2026 : Google annonce la réorganisation de DeepMind.
- Demis Hassabis devient président et chief scientist d’Alphabet.
- Koray Kavukcuoglu prend les responsabilités quotidiennes.
- Alphabet a perdu environ 4 % en Bourse.
- Jeff Dean part après 27 ans chez Google.
- Noam Shazeer et John Jumper ont aussi quitté l’IA de Google.
En chiffres
- 4,05 % — baisse de l’action Alphabet après l’annonce, 5 août 2026.
- 27 ans — durée du passage de Jeff Dean chez Google, selon Sundar Pichai.
- 13 ans — ancienneté de Koray Kavukcuoglu chez DeepMind, selon l’article source.
- 2,7 milliards de dollars — montant rapporté par la presse américaine pour le rachat lié à Character.AI, [à vérifier].