Helios d’AMD entre chez Microsoft et vise Nvidia sur les serveurs IA
Microsoft va déployer les racks Helios d’AMD dans Azure, avec d’autres clients comme Meta, OpenAI et Oracle. Ce système rack-scale, conçu pour l’inférence IA, marque le retour offensif d’AMD face à Nvidia.
Microsoft a annoncé lundi qu’il déploiera les racks Helios d’AMD dans ses centres de données Azure, aux côtés d’autres clients déjà engagés comme Meta, OpenAI et Oracle. Helios, premier système rack-scale d’AMD pour l’intelligence artificielle, doit commencer à être livré plus tard cette année. Le sujet compte car il touche à la capacité de calcul disponible pour l’IA, un marché où Nvidia reste ultra-dominant et où chaque nouveau fournisseur crédible peut faire bouger les lignes.
Une alternative complète, pas seulement une nouvelle puce
Helios n’est pas un simple composant. AMD le présente comme un ensemble qui réunit quatre briques maison : GPU, CPU, réseau et logiciel. En clair, l’idée est de vendre un système intégré, pensé pour faire tourner des charges IA à grande échelle, plutôt qu’un empilement de pièces détachées que les clients devraient assembler eux-mêmes.
Chez Microsoft, ces racks serviront à l’inférence des modèles dits « frontier » — c’est-à-dire l’exécution de modèles IA très avancés en production — et à alimenter les services Azure AI. L’éditeur prévoit aussi deux nouvelles instances de calcul basées sur les processeurs « Venice » d’AMD, l’une pour l’IA agentique et les pipelines de données, l’autre pour la conception de semi-conducteurs. Satya Nadella a résumé l’approche en disant : « We are expanding the Azure infrastructure portfolio with AMD Helios to give customers the performance, scale and choice they need to build and run the next generation of AI applications. »
Pourquoi Microsoft mise dessus maintenant
Le mouvement prolonge une relation ancienne entre les deux groupes. AMD alimente depuis des années des PC Surface et les consoles Xbox, et Microsoft avait déjà été le premier grand client à adopter les GPU MI300X d’AMD en 2023. L’entreprise de Redmond ne se contente d’ailleurs pas d’AMD : elle déploie aussi ses propres puces Maia dans ses data centers. Autrement dit, Microsoft diversifie ses sources de calcul parce qu’elle en a besoin, et vite.
Selon CNBC, cette pression vient aussi des ambitions internes de Microsoft en IA, avec des efforts de recherche et de développement qui réclament toujours plus de capacité. En juin, le groupe a annoncé sept modèles conçus en interne. Ses résultats restent mitigés sur certains produits, de 365 Copilot à GitHub Copilot, ce qui rend le sujet du calcul encore plus stratégique. Le cloud n’aime pas attendre, pas plus que les feuilles de route marketing.
Helios, la réponse d’AMD à l’empire Nvidia
Helios arrive dans un marché où Nvidia écrase encore largement la concurrence. D’après Futurum Group, l’entreprise contrôle plus de 95 % du marché des GPU pour data centers, tandis qu’AMD tournerait autour de 4,5 %. Face à cela, AMD cherche à vendre une offre plus large, avec un argument central : le coût total de possession et le « lowest cost per token », autrement dit le coût par unité de texte générée ou traitée par un modèle IA.
Forrest Norrod, responsable data center chez AMD, a expliqué à CNBC : « We are very focused on providing the best total cost of ownership, the lowest cost per token, all in. » De son côté, Lisa Su a affirmé en mai que Helios apporte des « significant benefits » sur l’inférence, la bande passante mémoire et les capacités mémoire. Des propos qui restent à vérifier dans les déploiements réels, mais qui montrent bien la ligne défensive et offensive d’AMD à la fois.
Les estimations du Futurum Group donnent aussi une idée de l’enjeu économique. Helios pourrait coûter entre 5 et 5,5 millions de dollars, contre 3,5 à 4 millions pour le système rack-scale Vera Rubin de Nvidia, selon la même source [à vérifier]. Helios pèserait jusqu’à 7 000 livres, soit environ 3,18 tonnes, ce qui en dit long sur la densité matérielle de ces machines. L’IA adore les petits mots, mais ses serveurs, eux, aiment les grandes armoires.
La montée en puissance d’un AMD très différent
Le retour d’AMD sur ce terrain s’inscrit dans une trajectoire plus large. L’entreprise a longtemps perdu du terrain dans les data centers avant de remonter la pente après le lancement de son premier processeur serveur EPYC en 2017. Selon CNBC, les data centers représentaient la majorité du chiffre d’affaires d’AMD au premier trimestre 2026, en hausse de 57 % sur un an. AMD a aussi indiqué viser des dizaines de milliards de dollars de revenus liés à l’IA dans les data centers à partir de 2027, la majorité devant venir de Helios.
Le système s’appuie sur plusieurs acquisitions : Pensando en 2022 pour les technologies réseau, Xilinx la même année pour près de 50 milliards de dollars, puis ZT Systems en 2025 pour environ 5 milliards de dollars. AMD a aussi développé ROCm, son alternative open source à CUDA, l’environnement logiciel de Nvidia, qui reste un avantage difficile à rattraper. Neil Shah, analyste chez Counterpoint Research, estime que les puces d’AMD sont « on par » avec celles de Nvidia, mais que « the secret sauce is in the software and optimization ». C’est là que se joue une grande partie du match.
Ce que les premiers clients viennent chercher
Meta fait partie des premiers engagés : en février, le groupe a annoncé vouloir utiliser jusqu’à 6 gigawatts de GPU AMD au fil du temps, avec un premier gigawatt déployé sur des racks Helios plus tard cette année. OpenAI et Oracle ont aussi pris des engagements majeurs, tandis que Tata Consultancy Services, en Inde, prévoit d’utiliser le système. AMD dit par ailleurs que huit des dix plus grandes entreprises d’IA exécutent des charges de travail sur ses GPU Instinct, dont OpenAI, Cohere et SpaceXAI, la branche liée à SpaceX.
Reste une question plus simple qu’elle en a l’air : AMD peut-il gagner parce que sa technologie est meilleure, ou parce que le marché manque tellement de capacité que tout ce qui fonctionne trouve preneur ? Daniel Newman, analyste et directeur général de Futurum Group, estime qu’un scénario à 20 % ou 25 % de part de marché n’est pas impossible. Pour AMD, Helios est donc moins une annonce isolée qu’un test grandeur nature. Les clients vont trancher avec leurs déploiements, pas avec des diapositives.
Points clés
- Microsoft déploiera Helios dans Azure plus tard cette année.
- Helios réunit GPU, CPU, réseau et logiciel chez AMD.
- Meta, OpenAI et Oracle figurent aussi parmi les clients.
- Futurum Group évoque un marché GPU data center à 95 % chez Nvidia.
- AMD vise des revenus IA data center dès 2027.
En chiffres
- 95 % — part de marché des GPU data center chez Nvidia, selon Futurum Group.
- 4,5 % — part estimée d’AMD sur ce même marché, selon Futurum Group.
- 5 à 5,5 millions de dollars — coût estimé d’un système Helios, selon Futurum Group.
- 3,5 à 4 millions de dollars — coût estimé du système Vera Rubin de Nvidia, selon Futurum Group.
- 57 % — hausse annuelle du chiffre d’affaires data center d’AMD au T1 2026, selon CNBC.