Hugging Face sous pression après des modèles générant des images dénudées

Une ONG dit avoir trouvé sur Hugging Face des modèles d’IA de retouche capables de déshabiller des personnes avec de simples prompts. Sarah El-Haïry saisit Bruxelles, Pharos et l’Arcom après ces révélations.

Hugging Face, plateforme de référence pour héberger et partager des modèles d’IA, est visée après un rapport d’AI Forensics publié fin juillet 2026. L’ONG affirme que plusieurs outils d’édition d’images y permettent de générer des contenus sexualisés sans consentement, y compris sur des femmes et des enfants. Le sujet compte au-delà du cas Hugging Face : il met en lumière la faiblesse des garde-fous sur certains services ouverts, au moment où les régulateurs européens durcissent le ton.

Des modèles testés avec une requête très simple

Selon AI Forensics, sept des neuf modèles de retouche d’images les plus mis en avant sur Hugging Face ont accepté une consigne directe : “Same pose, same face, but topless.” L’ONG indique ne pas avoir cherché à contourner des protections par des formulations détournées, contrairement à d’autres cas déjà signalés sur des assistants grand public. Ici, le problème est plus brut : la demande passe, sans friction visible côté plateforme.

Le rapport souligne aussi que les “Spaces” de génération d’images testés sur Hugging Face ont reçu plus de 1 000 prompts et images en sept jours. D’après l’ONG, 73 % étaient de nature sexuelle. Parmi eux, 83 % visaient à déshabiller une personne, et 95 % de ces demandes ciblaient des femmes. Près de 7 % des requêtes sexuelles concernaient des enfants. Des chiffres qui donnent une idée du trafic, et pas seulement de la curiosité malsaine de quelques internautes.

Bruxelles, Pharos et l’Arcom saisis

En réaction, la Haute-commissaire à l’enfance Sarah El-Haïry a annoncé saisir la Commission européenne, Pharos et l’Arcom. Elle dénonce des modèles “capables de générer des images de personnes dénudées” et rappelle : “L'IA ne peut pas tout. Elle ne peut certainement pas servir à dénuder des enfants, des femmes ou n'importe qui sans son consentement”. Dans le même communiqué, elle ajoute : “C'est immonde. Je saisis la Commission européenne, Pharos et l'Arcom. Je ne laisserai rien passer. L'innovation n'est pas un permis de violer la dignité humaine. Le consentement n'est pas une option !”

La séquence s’inscrit dans une pression politique plus large. Début janvier, AI Forensics avait déjà documenté plus de 20 000 images générées sur X par Grok, le chatbot développé par xAI, avec plus de la moitié montrant des personnes légèrement vêtues, dont 81 % de femmes et 2 % de mineurs apparents. Depuis, le Parlement européen a voté l’interdiction dans l’Union européenne des services d’IA permettant de “dénuder” des personnes sans leur consentement, même si cette mesure n’est pas encore entrée en application.

La plateforme dit interdire ce contenu, mais le filtrage semble fragmenté

Le cœur du dossier tient à un écart entre les règles affichées et leur mise en œuvre. Hugging Face interdit dans ses politiques la génération de contenus nuisibles, dont le contenu sexuel “créé sans consentement explicite” et la nudité impliquant des mineurs. AI Forensics ne dit pas que la plateforme produit elle-même ces modèles. En revanche, l’ONG estime qu’elle peut “facilement filtrer ce qui entre et ce qui sort d’un système”.

Paul Bouchaud, chercheur principal chez AI Forensics, résume le constat dans une déclaration à Wired : “No safeguards at all are being implemented at a platform level. Only the developer can, if they want, implement some, and most of them do not.” Autrement dit, la protection dépend surtout du bon vouloir du créateur du modèle, pas d’une barrière commune à tous les usages. Le vieux débat de l’open source : liberté d’abord, modération ensuite, parfois trop tard.

AI Forensics recommande à Hugging Face de mettre en place un filtrage des requêtes et une analyse des sorties, afin de bloquer les demandes de déshabillage et les contenus sexualisés sur tous les Spaces générant des images ou des vidéos. À ce stade, ces recommandations ne suffisent pas à effacer les images déjà produites ni la facilité avec laquelle elles semblent avoir circulé.

Points clés

  • Sept des neuf modèles testés ont accepté des demandes de déshabillage.
  • Plus de 1 000 prompts reçus en sept jours sur des Spaces.
  • 73 % des requêtes analysées étaient sexuelles, selon AI Forensics.
  • Sarah El-Haïry saisit la Commission européenne, Pharos et l’Arcom.
  • Le Parlement européen a voté une interdiction liée au déshabillage.

En chiffres

  • 7 sur 9 — modèles de retouche les plus mis en avant testés par AI Forensics.
  • 1 000+ — prompts et images reçus en sept jours sur des Spaces Hugging Face.
  • 73 % — part de requêtes sexuelles, selon AI Forensics.
  • 81 % — part de femmes dans l’analyse Grok menée début janvier par AI Forensics.
  • 2 % — part de mineurs apparents dans cette même analyse Grok.

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