IFA 2026 consacre l’IA locale et l’offensive chinoise

À Berlin, l’IFA 2026 a mis en scène deux bascules : l’IA qui quitte le cloud pour tourner dans le matériel, et des constructeurs chinois plus visibles que jamais. Le salon a aussi confirmé que la robotique domestique vise désormais l’usage, pas la démonstration.

L’IFA 2026, organisé du 4 au 8 septembre au Messe Berlin, a réuni plus de 1 900 exposants selon les organisateurs. À travers les allées, deux tendances se sont imposées : l’IA locale gagne du terrain dans le matériel, tandis que les constructeurs chinois prennent une place centrale sur le marché européen. Le salon donne ainsi une idée assez claire de ce qui va peser sur les usages, les prix et les rapports de force en 2025 et au-delà.

L’IA sort du cloud et s’installe dans les appareils

Le changement le plus net concerne l’intelligence artificielle embarquée. Après plusieurs années dominées par les fonctions logicielles et les assistants en ligne, l’IFA a montré un basculement vers le traitement local, c’est-à-dire des modèles exécutés directement sur l’appareil plutôt que sur des serveurs distants. L’intérêt est concret : moins de latence, davantage de confidentialité et moins de dépendance à un abonnement cloud.

Cette orientation se voit dans le matériel. Plusieurs constructeurs de PC poussent désormais des configurations autour de 192 Go de RAM unifiée, une mémoire partagée par le processeur et le composant graphique, pensée pour héberger de grands modèles de langage en local. Le message est simple : pour certaines tâches, l’ordinateur doit redevenir autonome. Pas très glamour sur la fiche technique, mais redoutablement efficace.

Des robots utiles plutôt que spectaculaires

La maison connectée a elle aussi changé de ton. Les démonstrations se concentrent moins sur l’effet vitrine que sur l’efficacité énergétique et l’adaptation automatique. Des appareils analysent désormais leur environnement pour ajuster leur fonctionnement, qu’il s’agisse de la charge d’un lave-vaisselle ou d’un obstacle détecté par un robot aspirateur. Le cycle figé perd du terrain.

Dans ce contexte, l’électroménager et la robotique domestique occupent une place croissante au salon. Roborock a présenté son premier robot dédié à l’entretien des piscines, le RockAqua P1, tout en élargissant sa gamme de tondeuses. Dreame a dévoilé un aspirateur robot capable de générer de la vapeur à 180 degrés et revendique 39,5 % du marché des aspirateurs robots en Europe de l’Ouest, dont 33,5 % en France. Chez DJI, le ROMO 2 mise sur un bras articulé et une utilisation sans connexion internet.

Les usages sortent aussi du cadre du salon. Les solutions pour animaux domestiques, les robots tondeuses, l’électrobeauté et les dispositifs pour la maison continuent de se multiplier. Même les robots humanoïdes étaient plus nombreux que jamais dans l’espace IFA Next, entre défilé robotique et matchs de football entre machines. Leif Lindner, patron d’IFA Management, résume cette ligne : montrer des robots “réellement utiles et déployables”, pas seulement impressionnants sur scène.

La Chine prend l’espace, et pas seulement sur les stands

Le second basculement est géographique et industriel. Pour sa première participation majeure à l’IFA, Xiaomi a occupé plus de 3 300 mètres carrés avec plus de 380 produits exposés. Haier, Midea ou Dreame ont eux aussi marqué le salon par des stands de grande taille, du gros électroménager aux smartphones, en passant par la mobilité électrique.

Face à cette montée en puissance, plusieurs groupes historiques ont choisi une autre stratégie. Samsung a quitté le Cube, le hall qu’il occupait traditionnellement, pour organiser sa présentation en centre-ville de Berlin. Dyson a suivi une logique proche. Ce déplacement dit quelque chose du salon : l’IFA reste un rendez-vous de masse, mais plus tous les acteurs ne veulent y jouer la même partie.

La poussée chinoise ne se limite pas à la visibilité. Elle passe aussi par des rachats d’actifs occidentaux, comme Candy passé sous pavillon Haier, Teka sous celui de Midea, ou iRobot désormais détenu par un groupe chinois. Dans le même temps, depuis le 28 juillet 2026, la FCC américaine a ajouté les appareils robotiques avancés à la liste des équipements dont l’importation peut être interdite aux États-Unis [à vérifier selon le périmètre exact de la règle]. Ce durcissement pousse mécaniquement certains acteurs à regarder davantage vers l’Europe.

Les machines parlent moins, mais elles servent davantage

Au fil des halls, l’IFA 2026 a donné une impression nette : l’innovation se mesure moins au spectaculaire qu’à la capacité d’un produit à faire quelque chose sans surveillance constante. Les concepts vus sur place allaient du smartphone durci à caméra détachable chez RugOne à la caméra solaire de Reolink capable d’apprendre ses scénarios de détection, en passant par la caméra-vlog qui se transforme en drone chez HoverAir.

Le fauteuil roulant connecté Strutt ev²c illustre bien cette évolution. Avec son joystick précis, l’évitement d’obstacles, la caméra de recul et le contrôle vocal, il applique à la mobilité réduite les mêmes principes d’assistance intelligente que ceux déjà visibles dans les objets du quotidien. C’est probablement là que le salon a été le plus parlant : moins de promesses, plus de fonctions concrètes.

En somme, Berlin a confirmé un double mouvement. L’IA quitte le nuage pour s’ancrer dans les appareils, et les marques chinoises prennent l’avantage dans les allées comme dans la stratégie industrielle. Le salon n’a pas seulement montré des produits ; il a dessiné le prochain rapport de force du numérique grand public.

Points clés

  • Plus de 1 900 exposants ont participé à l’IFA 2026.
  • Xiaomi a occupé plus de 3 300 m² à Berlin.
  • Dreame revendique 39,5 % en Europe de l’Ouest.
  • Le salon s’est tenu du 4 au 8 septembre.
  • Leif Lindner défend des robots “réellement utiles et déployables”.

En chiffres

  • 1 900 exposants — IFA 2026, Messe Berlin, selon les organisateurs.
  • 3 300 m² — surface occupée par Xiaomi, première participation majeure à l’IFA.
  • 380 produits — exposés par Xiaomi à Berlin.
  • 39,5 % — part revendiquée par Dreame en Europe de l’Ouest pour les aspirateurs robots.
  • 33,5 % — part revendiquée par Dreame en France pour les aspirateurs robots.

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