Meta a testé une baisse massive d’effectifs pour devenir « AI native »

Selon Reuters, Meta a envisagé de réduire jusqu’à 60 % certaines équipes dans un plan interne baptisé Project OT. Le groupe dit avoir finalement revu ses scénarios, après des mois de tension autour de la productivité de ses outils d’IA.

Meta a envisagé, plus tôt cette année, un plan interne qui aurait réduit jusqu’à 60 % certains effectifs pour rendre l’entreprise « AI native », selon Reuters, qui cite des personnes proches du dossier. Le groupe a confirmé l’existence d’exercices de scénarios, mais dit ne pas avoir retenu toutes les options étudiées. L’enjeu est clair : savoir jusqu’où l’IA peut remplacer des tâches internes sans casser l’organisation au passage.

Project OT, ou la tentation de refaire l’entreprise autour des agents

Le projet, nommé en interne Project OT pour « organization transformation », aurait été lancé en janvier et étudié deux vagues de licenciements, d’après Reuters. Le média dit avoir consulté des dizaines de documents internes, des publications et des enregistrements, tout en échangeant avec plus de 20 personnes informées du fonctionnement de Meta. Dans les scénarios examinés, certains salariés devaient être reclassés et d’autres remerciés. Une HR executive citée par Reuters estime que l’effectif aurait pu baisser d’environ 25 % ou plus dans ces hypothèses.

Meta explique de son côté : « As part of our company restructuring earlier this year, we asked some teams to conduct a scenario planning exercise looking at the potential impact of redeployments, open role closures and cuts. This ultimately resulted in moving thousands of employees to do priority work on several newly-established teams, as has been publicly reported. Ultimately, we didn’t move forward with every scenario from the exercise – and it was never assumed we would. »

La formule « AI native » figurait dans un document examiné par Reuters. Elle décrit une entreprise où « AI-ready tools and agents interact, workflows are automated, [and] new builds are AI-first. » En clair, les outils et agents d’IA se répondent, les flux de travail sont automatisés et les nouveaux développements partent d’abord de l’IA. C’est ambitieux. Et un peu brutal pour le service RH.

Des gains de productivité pas si simples à démontrer

Le changement de cap chez Meta aurait été accéléré par des signaux moins favorables que prévu. Reuters rapporte que Mark Zuckerberg a finalement mis un terme à la deuxième vague de suppressions de postes, après avoir lancé les premiers licenciements en mai. Le média dit ne pas avoir pu déterminer ce qui a précisément motivé ce revirement.

Plusieurs éléments internes auraient pesé. Reuters évoque d’abord une baisse du moral après des rumeurs de coupes et après la mise en pause d’un programme de suivi des mouvements clavier et souris, utilisé pour entraîner des agents d’IA. Le groupe a également observé des écarts entre les gains sur les outils internes et ceux visibles pour les utilisateurs : selon un post interne cité par Reuters, les changements de code sur les plateformes et infrastructures internes ont augmenté de 220 % sur un an début juin, mais les modifications débouchant sur de nouvelles fonctionnalités ou des versions améliorées n’ont progressé que de 36 %.

Autre signal d’alerte : des posts internes auraient indiqué que des agents d’IA provoquaient des « large-scale, disruptive actions that humans are unlikely to execute », avec une hausse de 40 % des incidents techniques et de sécurité majeurs par rapport à l’année précédente, tandis que le temps passé à les corriger montait jusqu’à 70 %. Meta n’a pas commenté ces publications internes, selon Reuters.

Le grand test des entreprises : faire plus avec moins, sans se tromper de cible

Meta ne fait pas figure d’exception. De nombreuses entreprises, grandes ou petites, cherchent à savoir si l’IA peut faire gagner du temps, réduire les coûts ou soutenir le chiffre d’affaires, y compris dans des fonctions historiquement humaines comme les ressources humaines. Le cas Meta montre surtout la difficulté à remplacer des tâches réelles par des systèmes encore imparfaits, sans créer de nouveaux coûts cachés : incidents, supervision, arbitrages internes, requalifications.

Le groupe a aussi commencé à vendre des agents d’IA à des tiers en juin, ce qui donne un sens plus large à sa stratégie « AI native ». Selon Reuters, un document interne reliait cette bascule à la réduction des couches de management et à l’usage d’« agent-assisted analysis » pour prioriser les tâches quotidiennes. Meta affirme toutefois : « Performance rating and promotion decisions were and are made by people, not AI. » Là encore, la frontière entre assistance et délégation totale reste mouvante. Et, pour l’instant, les agents n’ont pas encore pris le badge à la cantine.

En juillet, Zuckerberg aurait d’ailleurs reconnu lors d’une réunion interne que la « trajectory of the agentic development over at least the last four months hasn’t really accelerated in the way that we expected. » Cette phrase résume bien le moment : les grands groupes veulent aller vite, mais la productivité promise par l’IA ne suit pas toujours le calendrier de la direction.

Points clés

  • Project OT visait jusqu’à 60 % de réduction sur certaines équipes.
  • Reuters cite plus de 20 personnes et des dizaines de documents.
  • Les premiers licenciements auraient eu lieu en mai, la seconde vague a été annulée.
  • Meta a vendu des agents d’IA à des tiers en juin.
  • En juillet, Zuckerberg a jugé la trajectoire des agents moins rapide qu’attendu.

En chiffres

  • 60 % — réduction étudiée pour certaines équipes, selon Reuters, en 2025.
  • 25 % ou plus — baisse potentielle d’effectifs évoquée par une responsable RH, selon Reuters.
  • 220 % — hausse des changements de code internes sur un an, début juin, selon un post interne cité par Reuters.
  • 36 % — progression des changements menant à de nouvelles fonctionnalités, sur la même période.
  • 40 % — hausse des incidents techniques et de sécurité majeurs, selon des posts internes cités par Reuters.

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