OpenAI veut signer les textes générés par ChatGPT dans l’Union européenne
OpenAI va ajouter un filigrane invisible aux textes produits par ChatGPT et Codex dans l’Union européenne. L’entreprise dit vouloir répondre à l’AI Act, tout en reconnaissant que ce marquage reste facile à contourner.
OpenAI va ajouter dans les prochaines semaines un filigrane invisible aux textes générés par ChatGPT et Codex dans l’Union européenne, pour tous les abonnements gratuits comme payants. L’entreprise dit vouloir se conformer à l’AI Act, qui impose depuis le 2 août que les contenus d’IA générative soient identifiables par une machine. Le mouvement compte, car il touche à la fois la conformité réglementaire, la confiance dans les contenus et les usages quotidiens, du mail au billet de blog.
Un marquage invisible, mais pas une preuve magique
La technologie, baptisée textGrain, ajoute selon OpenAI un signal statistique invisible dans les choix de mots du modèle. Un détecteur peut ensuite chercher ce signal pour estimer si un passage provient de ChatGPT ou d’un auteur humain. Rien n’apparaît à l’écran : pas de symbole, pas de code, juste une signature invisible dans la mécanique de génération. Une signature discrète, donc, pas une cape d’invisibilité.
OpenAI insiste toutefois sur les limites du système. Sur un texte d’environ 150 mots, le détecteur retrouve le filigrane dans 80 % des cas ; sur un passage de 300 mots, le taux grimpe à 95 %. En contrepartie, l’entreprise dit qu’une erreur peut toucher un texte humain une fois sur cent. Et dès qu’un humain retouche le texte, tout se complique : remplacer 10 % des mots par des synonymes ferait tomber la détection d’environ 92 % à 66 %.
La traduction brouille aussi la piste, tout comme les outils qui promettent déjà de supprimer ce type de marquage. OpenAI le reconnaît clairement : l’absence de filigrane détecté ne prouve pas qu’un texte a été écrit par un humain. Le système peut être trop court, trop modifié, traduit ou issu d’une autre IA.
Pourquoi Bruxelles change la donne pour les modèles de langage
Le calendrier européen pèse lourd dans cette annonce. L’article 50 de l’AI Act impose déjà la traçabilité des contenus générés par IA, et les grands éditeurs ont jusqu’au 2 décembre 2026 pour se mettre en règle et éviter une sanction. Dans ce cadre, OpenAI n’est pas seule : Anthropic a aussi annoncé qu’elle signerait les textes produits par Claude, tout en rappelant que l’outil ne vaut pas preuve irréfutable. De son côté, OpenAI précise que le marquage n’est pas encore un réglage par défaut mondial, mais un déploiement d’abord centré sur l’Union européenne.
L’entreprise veut tester l’outil sur de vrais usages avant d’envisager une extension plus large. Les développeurs peuvent déjà activer le filigrane sur certains modèles via l’API, partout dans le monde, mais le réglage reste désactivé par défaut. Côté confidentialité, OpenAI affirme que le système n’identifie pas l’utilisateur et n’associe ni compte, ni requête, ni conversation au texte généré.
Détecter l’IA par le style : utile, mais jamais suffisant
Ce chantier technique arrive au moment où la détection du texte généré par IA est redevenue un sujet concret, pas seulement académique. Une étude de Stanford, citée par The Conversation, montrait en 2023 que sept détecteurs populaires identifiaient à tort en moyenne 61 % des essais rédigés par des non-natifs anglophones comme du texte IA ; un outil allait jusqu’à 97 %. Les modèles ont évolué depuis, mais le problème demeure : les détecteurs se trompent encore, et les biais restent un sujet sensible.
En parallèle, les chercheurs observent des indices dans le style lui-même. Dans un article de The Conversation publié le 6 octobre 2026, Celeste Rodriguez Louro explique que certains mots reviennent plus souvent dans les sorties de grands modèles de langage, comme quietly, genuinely, delve, meticulous, ou encore des structures du type “not X, but Y”. Une étude publiée dans Nature Human Behaviour, portant sur plus de 880 000 publications Reddit, articles de presse et textes académiques, a aussi relié l’essor des LLM à une baisse de variation dans le style d’écriture.
Autrement dit, la détection ne se joue pas sur un seul indice, mais sur un faisceau d’indices. Les répétitions lexicales, la longueur inhabituelle d’un message, le ton trop lisse ou la formulation trop polie peuvent alerter. Mais les humains écrivent aussi avec leurs tics, leurs habitudes et parfois leur emphase ; les machines, elles, finissent par lisser le tout. C’est là que le doute s’installe.
En chiffres
- 2 août 2026 — entrée en vigueur de l’obligation de traçabilité de l’AI Act.
- 2 décembre 2026 — date limite pour se conformer, selon 01net.
- 80 % — détection du filigrane sur un texte d’environ 150 mots.
- 95 % — détection sur un texte d’environ 300 mots.
- 880 000 — publications analysées dans l’étude citée par The Conversation.