OpenText et Cohere misent sur le protocole MCP pour cadrer les agents IA
OpenText et Cohere ont annoncé un partenariat autour de l’IA agentique pour les administrations et secteurs régulés. Leur angle passe par les données d’entreprise, l’orchestration et des déploiements contrôlés, avec une brique technique clé : MCP.
OpenText et Cohere ont annoncé le 16 septembre 2026, à l’occasion du salon ALL IN AI, un partenariat destiné aux gouvernements et aux secteurs régulés. L’idée est de combiner les données d’entreprise d’OpenText avec la plateforme et les modèles de Cohere pour faire passer l’IA agentique du stade pilote à la production. Dans ce contexte, le Model Context Protocol, ou MCP, sert de protocole commun pour relier un agent à des outils, des données et des actions sans empiler des intégrations sur mesure. Le sujet compte car il touche à la fois l’architecture technique, la sécurité et le contrôle des données.
Un socle commun pour éviter les intégrations à la chaîne
MCP, décrit comme un standard ouvert, ne se contente pas de “brancher” une IA à un système externe. Le protocole définit aussi comment un hôte IA, un client et un serveur négocient des capacités, exposent des ressources et échangent des messages structurés. Autrement dit, il vise à remplacer une mosaïque d’adaptateurs maison par un contrat commun, ce qui devient vite utile quand plusieurs applications doivent parler à plusieurs systèmes. Le gain n’est pas glamour. Il évite surtout de recoder la même plomberie dix fois.
Dans l’annonce OpenText-Cohere, cette logique colle à l’ambition affichée des deux sociétés : associer contexte, orchestration et modèles pour que des agents puissent agir sur des systèmes d’entreprise. OpenText met en avant sa couche de données et de contexte, tandis que Cohere apporte North, sa plateforme d’orchestration agentique, ainsi que ses modèles d’IA. La promesse est de faire fonctionner ces briques dans des environnements choisis par le client, sur site, en cloud privé, public ou souverain.
Ce que le partenariat change pour les clients
Le cœur de l’accord tient dans l’intégration de North et des modèles de Cohere dans les agents OpenText Aviator. Les clients devraient pouvoir choisir l’environnement d’exécution selon leurs contraintes de sécurité, de résidence des données et de déploiement. OpenText mentionne aussi un volet commercial via SOLEX, avec des solutions disponibles sur site et via OpenText Cloud. Pour les administrations et les entreprises soumises à de fortes obligations de conformité, ce mélange entre orchestration IA et garde-fous d’infrastructure pèse plus lourd qu’un discours sur la “transformation”.
Cohere présente l’opération comme un moyen de sortir l’IA agentique des pilotes et de l’installer en production. Son cofondateur et directeur général, Aidan Gomez, résume l’enjeu ainsi : “Enterprises and governments need AI that can work with their most important data while keeping them in control of where that data lives and how it is used,”. OpenText, de son côté, insiste sur une formule signée Ayman Antoun : “Data is not the supporting act, it is what gives agentic AI the context it needs to perform,”. Les deux entreprises veulent visiblement vendre de l’IA qui travaille sans partir en promenade solo dans les systèmes sensibles.
Pourquoi MCP reste une brique utile, mais pas magique
Le protocole garde une limite nette : il n’efface pas le besoin d’API, d’autorisations ni de supervision humaine. MCP peut exposer des outils, des ressources et des prompts dans un format standardisé, mais l’hôte reste responsable du consentement, du filtrage des actions et des données transmises au modèle. Dans les usages d’entreprise, cela compte autant que la performance du modèle lui-même. Un protocole bien conçu n’empêche pas un serveur malveillant ou mal configuré d’exposer des données sensibles.
Les sources rappellent d’ailleurs plusieurs risques concrets : injection de prompt via des ressources récupérées, outils aux permissions trop larges, ou encore dépendances compromises. D’où l’intérêt de contrôles comme le moindre privilège, la validation des entrées, la journalisation des appels et la révocation simple des accès. Sur ce point, MCP n’est pas une frontière de sécurité. C’est un cadre d’échange. La nuance est essentielle, surtout quand l’agent doit agir dans une banque, un ministère ou un hôpital.
Des ambitions canadiennes pour des marchés très encadrés
Les deux groupes mettent en avant leur ancrage canadien et leur présence dans des secteurs sensibles. OpenText dit servir plus de 120 000 clients entreprises dans 180 pays et équiper déjà des administrations fédérales, des acteurs de la santé, de la finance, de l’assurance et de chaînes logistiques. Cohere, fondée à Toronto en 2019, se présente comme un fournisseur d’IA souveraine pour les entreprises et le secteur public. L’accord vise donc moins le marché des gadgets que celui des grands déploiements soumis à des règles de conformité serrées.
Selon le communiqué, la solution combinée doit arriver chez les clients au début de 2027. D’ici là, le pari est clair : faire de la couche de connexion — qu’il s’agisse de MCP ou d’une orchestration équivalente — un élément central de l’IA d’entreprise. Dans les faits, la bataille ne porte plus seulement sur le meilleur modèle. Elle se joue aussi sur la manière de le faire entrer proprement dans le SI existant, sans ouvrir toutes les portes en même temps.
En chiffres
- 16 septembre 2026 — annonce du partenariat à l’ALL IN AI, selon le communiqué.
- 120 000 clients — base revendiquée par OpenText dans 180 pays.
- 180 pays — présence internationale annoncée par OpenText.
- 2019 — année de création de Cohere à Toronto.
- Début 2027 — disponibilité prévue de la solution combinée, selon le communiqué.