Une IA détecte le diabète de type 2 à partir de la voix
Des chercheurs de Thymia et de la RMIT University ont entraîné une IA à repérer des signes du diabète de type 2 dans la voix. Testée sur des enregistrements de 20 secondes, elle atteint des résultats prometteurs, mais reste moins fiable pour certains profils.
Une intelligence artificielle peut repérer des indices de diabète de type 2 à partir d’un enregistrement vocal de 20 secondes, selon des travaux présentés au congrès de l’Association européenne pour l’étude du diabète à Milan. L’outil, développé par Thymia avec l’université RMIT de Melbourne, pourrait servir de premier filtre de dépistage, alors que beaucoup de cas passent encore sous les radars. En France, 23 % des personnes diabétiques ignoraient leur maladie dans l’enquête Esteban de Santé publique France.
Une voix qui en dit plus qu’il n’y paraît
Le modèle s’appuie sur un constat déjà observé par la recherche : le diabète de type 2 s’accompagne parfois de changements subtils de la parole, comme un enrouement, une voix plus rauque ou une moindre maîtrise de la respiration. Pour entraîner l’IA, les chercheurs ont utilisé 63 283 échantillons vocaux provenant de 21 129 personnes au Royaume-Uni et aux États-Unis, dont on connaissait le statut vis-à-vis du diabète. Ensuite, l’outil a été testé sur des enregistrements courts, ce qui le rend plus facile à imaginer dans un parcours de dépistage à distance. Presque trop simple, justement.
Dans la première évaluation, menée sur 7 319 adultes au Royaume-Uni âgés de 40 ans ou plus, 217 déclaraient un diabète de type 2. Parmi eux, 80 % ont obtenu un score de risque supérieur à celui des personnes non diabétiques. Les auteurs décrivent des résultats « cliniquement utiles », même si le test s’est montré moins performant chez les personnes noires, moins présentes dans la cohorte d’entraînement, ainsi que chez les patients souffrant de cardiopathie, d’hypertension ou d’obésité.
Un dépistage plus large, mais pas un diagnostic
Le second test a porté sur 801 participants qui ont enregistré leur voix avant de passer, dans les trois mois, un dosage de l’hémoglobine glyquée, ou HbA1c. Cet examen mesure la glycémie moyenne sur les deux à trois derniers mois et sert de référence pour diagnostiquer le diabète dans de nombreux pays. L’IA a correctement identifié 82 % des personnes atteintes d’un diabète de type 2 et a distingué trois niveaux de risque. En revanche, 47 % des participants ont été classés à tort comme à risque : des faux positifs, donc.
Cette marge d’erreur limite l’usage du système comme outil autonome. En revanche, son intérêt tient à son accessibilité : un échantillon vocal peut être collecté par téléphone ou via une application, sans passage immédiat en laboratoire. Giedrė Čepukaitytė, chercheuse scientifique chez Thymia, estime que l’innovation « a le potentiel de transformer le dépistage » et précise : « Un échantillon vocal peut être prélevé par téléphone ou via une application, ce qui nous permet de toucher beaucoup plus de personnes ayant besoin d'une analyse de sang que les parcours actuels, en particulier celles qui ne se rendent jamais à un bilan de santé. Notre modèle ouvre une nouvelle voie pour le dépistage du diabète. Il ne remplace pas une analyse de sang et ne devrait jamais empêcher quiconque pense en avoir besoin d'en faire une. »
Points clés
- 63 283 échantillons vocaux ont servi à l’entraînement.
- 20 secondes de parole suffisent pour un premier tri.
- 80 % de concordance dans un test britannique.
- 47 % de faux positifs dans le second essai.
- Thymia et RMIT University signent l’étude.
- Présentation au congrès EASD, à Milan, fin septembre.
En chiffres
- 3,8 millions de personnes — traitées pour un diabète en France en 2023.
- 589 millions d’adultes — vivant avec un diabète dans le monde, selon la FID.
- 853 millions d’adultes — projection mondiale pour 2050, selon la FID.
- 10,7 milliards de livres sterling — budget annuel du NHS pour le diabète au Royaume-Uni.
- 23 % — part de diabétiques français ignorant leur maladie, selon Esteban.