Washington interdit DeepSeek dans les agences civiles fédérales

Le département américain de la Sécurité intérieure a ordonné aux agences civiles fédérales de ne plus utiliser DeepSeek ni ses dérivés. Le texte, très large, soulève des difficultés pratiques pour les fournisseurs et les équipes IT.

Le département américain de la Sécurité intérieure a ordonné, lundi, aux agences civiles fédérales de ne plus utiliser DeepSeek et de supprimer les déploiements déjà en place. La mesure vise aussi les produits tiers développés avec des implémentations DeepSeek, une formule assez floue pour compliquer sérieusement la mise en conformité. Washington cible ainsi un service d’IA chinois jugé sensible pour la sécurité et la confidentialité des données.

Un bannissement large, pas seulement l’application DeepSeek

Le texte demande d’écarter « all DeepSeek and DeepSeek-affiliate products, and third-party products and services developed using DeepSeek implementations ». Cette rédaction dépasse le simple blocage de l’application ou de l’API de DeepSeek. Elle peut aussi concerner des outils passés par des passerelles d’IA, comme OpenRouter ou Vercel AI Gateway, qui choisissent automatiquement un fournisseur de modèles. Autrement dit, un service public peut se retrouver à utiliser DeepSeek sans l’avoir explicitement décidé.

Cette ambiguïté n’est pas qu’un détail juridique. Katie Moussouris, fondatrice et directrice générale de Luta Security, estime que l’interdiction de l’application et de l’API est praticable, mais pas celle des services « developed using DeepSeek implementations ». Elle souligne qu’« An AI software bill of materials doesn't record which tools developers used, so it would be no real help. Every vendor would have to attest that nothing it relies on ever touched DeepSeek. There's no practical way to verify that. »

Des inquiétudes déjà anciennes à Washington

Les autorités américaines réfléchissent à une interdiction de DeepSeek depuis la sortie de DeepSeek-R1, début 2025. Le 6 février 2025, les représentants Darin LaHood et Josh Gottheimer ont présenté le No DeepSeek on Government Devices Act, en invoquant un risque pour la sécurité nationale. Le texte n’a pas avancé au Congrès, mais plusieurs administrations ont pris les devants.

Dans le même mouvement, la Defense Information Systems Agency a commencé à bloquer DeepSeek sur les réseaux du Pentagone en janvier 2025. La Navy, la NASA et la Chambre des représentants ont suivi, tout comme plusieurs États américains. Le DHS généralise donc une ligne déjà appliquée par une partie de l’appareil fédéral, mais à une échelle plus large et avec un champ plus difficile à délimiter.

Le vrai sujet : qui contrôle les données et où elles passent

Les motifs mis en avant par les autorités américaines portent surtout sur les flux de données vers les serveurs de DeepSeek en Chine, sur la collecte d’informations et sur les risques liés à l’application mobile. Un rapport de décembre 2025 sur les versions Android et iOS citait des fuites d’informations en clair, des connexions à des serveurs exploités par des sociétés chinoises et l’absence de SSL pinning, une technique qui verrouille la communication vers un serveur attendu. Ces faiblesses relèvent toutefois surtout de la sécurité mobile, pas du fonctionnement de l’IA elle-même.

Sur ce terrain, Moussouris juge que l’ordre va trop loin. Elle rappelle que les risques cités concernent surtout « data flowing to DeepSeek's servers in China, its data collection, and its app ». Selon elle, des versions hébergées aux États-Unis limiteraient déjà l’essentiel du problème. Elle ajoute que les remarques de NIST sur la vulnérabilité de DeepSeek à la prompt injection et sur sa facilité de jailbreak valent aussi, à des degrés divers, pour d’autres modèles. La prompt injection consiste à pousser un modèle à suivre des instructions malveillantes cachées dans les données qu’il traite.

Une décision utile pour la sécurité, mais coûteuse pour les usages

Sur le fond, l’administration américaine cherche à couper un accès jugé trop risqué. Sur la forme, elle impose aux agences de vérifier des chaînes logicielles parfois opaques, ce qui peut devenir un casse-tête pour les DSI publics et leurs prestataires. Et pendant que les juristes débattent du sens exact de « developed using », les équipes techniques devront, elles, trier des dépendances qu’aucun inventaire n’a forcément documentées. Le diable, comme souvent en cybersécurité, se cache dans l’API.

Points clés

  • DHS : ordre publié lundi pour les agences civiles fédérales.
  • DeepSeek-R1 a relancé le dossier début 2025.
  • DISA a commencé le blocage en janvier 2025.
  • LaHood et Gottheimer ont déposé un projet le 6 février 2025.
  • Moussouris juge la formule « developed using » impraticable.

En chiffres

  • 6 février 2025 — dépôt du No DeepSeek on Government Devices Act au Congrès américain.
  • Janvier 2025 — début du blocage de DeepSeek par la DISA sur les réseaux du Pentagone.
  • Décembre 2025 — rapport sur l’application mobile DeepSeek pour Android et iOS.
  • 2 représentants — Darin LaHood et Josh Gottheimer à l’origine du projet de loi.

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