Apple sous Ternus : l’ombre portée de l’IA sur sa trajectoire climat

Tim Cook quitte Apple avec un bilan climat plutôt solide, mais fragilisé par la montée en puissance de l’IA. Son successeur John Ternus hérite d’une entreprise rentable, sous tension sur les coûts et les émissions.

Tim Cook quitte la direction d’Apple après 15 ans avec un bilan environnemental globalement favorable, mais désormais exposé à un test plus rude : la course à l’IA. Selon The Verge et CNBC, le passage de relais à John Ternus, mardi, intervient alors qu’Apple doit à la fois garder le cap sur ses émissions et absorber la hausse des coûts liés aux puces, à la mémoire et aux infrastructures. L’entreprise dit avoir réduit ses émissions de 60 % par rapport à 2015, mais son dernier rapport environnemental fait encore état de 15,3 millions de tonnes de CO2 en 2025. Le sujet compte pour Apple, car sa prochaine phase de croissance pourrait bien compliquer ce que Cook avait réussi à rendre crédible.

Un bilan climat réel, mais pas immobile

Sous Cook, Apple a fixé des objectifs de réduction jugés ambitieux par plusieurs ONG et a maintenu une empreinte carbone qui n’a pas explosé, contrairement à d’autres géants de la tech confrontés à la gourmandise énergétique de l’IA. La société a aussi imposé à ses fournisseurs des standards élevés sur l’électricité renouvelable, ce qui lui a valu un meilleur accueil que d’autres groupes auprès d’organisations comme Stand.earth et Greenpeace East Asia. En 2023, Stand.earth indiquait qu’Apple était la seule parmi Apple, Dell, Google, HP, Microsoft et Nvidia à viser 100 % d’électricité renouvelable pour ses fournisseurs.

Mais ce tableau a des angles morts. Apple a été accusée d’avoir exagéré certaines allégations de “carbon neutral” sur l’Apple Watch, tandis que des critiques ont pointé le manque de transparence sur la chaîne d’approvisionnement et sur l’électricité réellement consommée par les sous-traitants. L’entreprise a d’ailleurs abandonné son advertising “carbon neutral” après la décision européenne d’encadrer davantage ce type de formulation. Rien de très glamour, mais les bilans carbone aiment rarement les slogans.

L’IA change l’équation industrielle

Le vrai problème, pour Apple, n’est pas seulement comptable. L’essor de l’IA générative tire vers le haut la demande en centres de données, en serveurs et en composants, ce qui renchérit les chaînes d’approvisionnement et pèse sur les émissions de tout le secteur. Selon The Verge, Apple a encore maintenu ses émissions globales à peu près stables entre 2024 et 2025, mais le groupe a aussi reconnu que cette stabilité tenait dans un contexte de croissance commerciale. Autrement dit : la marge de manœuvre existe, mais elle se rétrécit.

Rachel Kitchin, de Stand.earth, résume l’enjeu ainsi : “AI will be the defining test of Apple’s climate commitments”. La formule est brutale, mais elle colle à la situation. Apple devra montrer qu’elle peut absorber la montée en charge de ses puces, de ses services cloud et de ses nouveaux usages sans relâcher sa trajectoire d’émissions absolues, c’est-à-dire des émissions totales et non rapportées au chiffre d’affaires.

John Ternus arrive avec un autre type de dossier brûlant

John Ternus, 51 ans, succède mardi à Tim Cook à la tête d’Apple après une longue carrière interne centrée sur le matériel. CNBC le présente comme un dirigeant très technique, passé par les puces maison, l’autonomie et l’architecture mémoire. Son défi immédiat dépasse toutefois le hardware pur : il doit convaincre investisseurs, salariés et clients qu’Apple peut continuer à vendre plus cher sans donner l’impression de courir après ses concurrents sur l’IA.

Le timing n’aide pas. En juin, Apple a augmenté les prix des MacBooks et des iPads à cause de la pénurie de mémoire, elle-même liée à la frénésie autour de l’IA. Les iPhone, eux, n’avaient pas encore bougé au moment des sources, mais plusieurs analystes anticipent une hausse rapide. Apple a aussi relevé certains tarifs de services, dont Apple TV et Apple One. Résultat : Ternus hérite d’une entreprise qui reste puissante, mais qui doit arbitrer entre rentabilité, innovation et perception publique. Une équation rarement simple, et encore moins quand la mémoire coûte plus cher qu’un bon dîner à San Francisco.

Un successeur discret, un marché qui attend des preuves

Apple a présenté la transition comme “thoughtful” et “smooth”, mais le nouveau patron reste peu connu du grand public. Depuis l’annonce de sa nomination en avril, Ternus a peu pris la parole, laissant Cook occuper le devant de la scène jusqu’au bout. Cela peut rassurer sur la continuité, mais aussi nourrir le doute : Apple change de capitaine sans changer de cap affiché, au moment même où le cap devient plus difficile à tenir.

Selon CNBC, l’entreprise entre dans une période où les coûts des composants, la pression sur les marges et la nécessité de trouver de nouveaux produits phares vont se croiser. Les Apple Watch, les AirPods et le Vision Pro ont élargi la gamme, sans créer le choc produit qu’Apple cherche encore. Pour Ternus, la suite passe donc autant par la maîtrise industrielle que par la capacité à rendre compatibles ses ambitions IA et ses promesses climatiques.

Apple reste solide, mais son prochain test ne sera pas seulement technologique. Il sera aussi environnemental, réglementaire et politique, dans un contexte où les grandes entreprises cherchent encore comment grandir sans voir leur empreinte carbone suivre la même courbe.

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