Deux journaux américains attaquent OpenAI et Microsoft sur le droit d’auteur
The Seattle Times et Newsday ont déposé plainte le 4 septembre 2026 contre OpenAI et Microsoft. Ils leur reprochent d’avoir utilisé leurs articles sans autorisation pour entraîner des modèles d’IA, avec un impact direct sur leurs revenus.
The Seattle Times Co. et Newsday ont assigné OpenAI et Microsoft le 4 septembre 2026 devant un tribunal fédéral de Manhattan, dans une plainte pour copyright et marque déposée aux États-Unis. Les deux journaux accusent les entreprises d’avoir utilisé leurs articles pour entraîner et faire fonctionner des produits d’IA sans accord ni paiement. L’affaire compte, car elle touche à la fois la rémunération des contenus, la circulation de l’information et la manière dont les modèles génératifs se nourrissent de la presse.
Ce que reprochent les journaux
Selon Newsday, la plainte de 38 pages affirme que les modèles d’OpenAI et de Microsoft violent leurs droits d’auteur en ingérant du journalisme publié puis en le reproduisant, souvent mot pour mot, sans compensation. Le texte soutient que l’IA générative fondée sur du contenu “painstakingly researched, expensive-to-produce content” menace de détruire les organes de presse en concurrençant directement leurs propres articles par du contenu de substitution généré par machine. Les plaignants estiment aussi qu’“there is no justification for Defendants’ wholesale taking and use of Plaintiffs’ content without payment or permission.”
Les deux rédactions accusent en plus OpenAI de diluer leurs marques en produisant des contenus fabriqués, attribués à tort à The Seattle Times et Newsday. Selon The Seattle Times, les avocats ont aussi cité une donnée sectorielle : le trafic de référencement issu des moteurs de recherche vers les éditeurs de taille moyenne a reculé de 47 % sur un an en décembre 2025. Un chiffre qui résume assez bien l’inquiétude du secteur, sans avoir besoin d’un bonnet d’alerte.
Une bataille qui dépasse deux rédactions
Alan Fisco, président-directeur général de The Seattle Times, a qualifié la procédure de “not an easy decision” dans un courriel envoyé aux employés le 4 septembre 2026. Il dit vouloir défendre un contenu qui coûte “des millions de dollars par an” à produire, et précise que la plainte “not about impeding AI innovation” vise surtout à empêcher que l’innovation se fasse au détriment du modèle économique du journal. Newsday a tenu un discours proche : sa porte-parole, Tara Rogers, a expliqué que les deux médias soutiennent une innovation responsable, mais doivent protéger les investissements consentis dans leurs contenus.
OpenAI répond que ses modèles sont entraînés sur des données publiquement disponibles et qu’ils relèvent du fair use, la doctrine américaine qui autorise certains usages limités d’œuvres protégées. Microsoft dit avoir été surprise par la plainte et se dit prête à discuter d’une solution. L’entreprise rappelle aussi la portée de sa relation avec OpenAI : investissement de plusieurs milliards de dollars depuis 2019, partenariat cloud principal, et co-développement des grands modèles de langage derrière ChatGPT et Copilot.
Pourquoi cette plainte pèse plus large que son seul dossier
Le dossier ressemble à celui déposé par The New York Times contre OpenAI et Microsoft en 2023, sur la base d’accusations similaires. Cette fois encore, la ligne de fracture est claire : d’un côté, les éditeurs disent que leurs articles ont une valeur économique et juridique ; de l’autre, les groupes d’IA soutiennent que l’entraînement sur des contenus publics relève d’un usage permis par le droit américain. Le ministère de la Justice a d’ailleurs pris position le 1er septembre 2026 dans l’affaire du New York Times, en soutenant les entreprises tech au nom de l’intérêt national et des bénéfices potentiels de l’IA.
Le contentieux n’a rien d’isolé. Des journaux détenus par Alden Global Capital ont poursuivi OpenAI en 2024, un groupe de 35 éditeurs représentant plus de 400 journaux locaux a lancé une action en 2025, et Anthropic a conclu l’an dernier un accord à 1,5 milliard de dollars avec des auteurs et éditeurs après une plainte déposée en 2024. Dans ce contexte, la presse cherche moins à bloquer l’IA qu’à fixer une règle simple : si la matière première est payée, elle ne devrait pas disparaître dans la machine sans contrepartie.
Ce que demandent The Seattle Times et Newsday
Les deux journaux réclament des dommages et intérêts d’un montant non précisé, ainsi que la saisie ou la destruction des jeux de données et modèles d’IA contenant leurs articles. The Seattle Times parle de la destruction de l’ensemble des jeux d’entraînement ayant utilisé ses contenus publiés ; Newsday évoque de son côté l’“impoundment and/or destruction” des datasets et modèles concernés. Les plaignants soulignent aussi que Microsoft Philanthropies soutient certains de leurs projets et que The Seattle Times a reçu une subvention de The Lenfest Institute for Journalism pour un programme de bourse IA financé à hauteur de 10 millions de dollars par Microsoft et OpenAI.
En chiffres
- 4 septembre 2026 — dépôt de plainte à Manhattan, selon The Seattle Times et Newsday.
- 38 pages — longueur de la plainte décrite par Newsday.
- 47 % — recul sur un an du trafic de référencement vers des éditeurs de taille moyenne, en décembre 2025.
- 1,5 milliard de dollars — accord conclu par Anthropic avec des auteurs et éditeurs, l’an dernier.
- 35 éditeurs — groupe à l’origine d’une action collective en 2025, représentant plus de 400 journaux locaux.