Google DeepMind se réorganise sous la pression de l’IA générative

Demis Hassabis quitte la gestion quotidienne de Google DeepMind, tandis que Jeff Dean et trois chercheurs historiques partent fonder Discovery Loop. Ce remaniement traduit la tension entre recherche de long terme et course commerciale sur l’IA.

Google a remanié mercredi sa division d’intelligence artificielle, avec le retrait de Demis Hassabis de la gestion quotidienne de Google DeepMind et le départ de plusieurs chercheurs emblématiques. Le mouvement intervient alors que le groupe veut rattraper OpenAI et Anthropic, deux rivaux qui lui mettent la pression sur les modèles de pointe. L’action d’Alphabet a reculé d’environ 4% à l’annonce.

Une passation de pouvoir qui dit beaucoup sur la phase actuelle

Demis Hassabis, cofondateur de DeepMind et prix Nobel de chimie 2024, devient président de Google DeepMind et directeur scientifique d’Alphabet. Dans un message aux salariés, il explique vouloir se concentrer sur l’AGI, l’intelligence artificielle générale, c’est-à-dire une IA capable d’égaler le cerveau humain sur la plupart des tâches cognitives. Le quotidien du laboratoire passe à Koray Kavukcuoglu, jusqu’ici directeur technique, désormais vice-président senior rattaché à Sundar Pichai.

Cette montée en grade de Hassabis n’a rien d’un simple changement de badge. Elle acte plutôt une séparation plus nette entre la recherche de long terme, que le Britannique défend depuis des années, et la nécessité de livrer des produits, vite, pour justifier les milliards investis par Alphabet dans l’IA.

Gemini avance, mais pas assez vite pour tout le monde

Le réagencement tombe au moment où Google peine à tenir son calendrier sur Gemini. Gemini 3.5 Pro, promis initialement pour juin selon les sources, n’est toujours pas sorti, tandis qu’OpenAI et Anthropic ont multiplié les lancements jugés plus performants, notamment pour le code. L’application Gemini revendique de son côté plus de 950 millions d’utilisateurs mensuels, un chiffre qui montre l’ampleur du service, sans dire à lui seul si Google mène la course technique.

Selon CNBC, la concurrence est devenue “ferocious”, et ce mot résume assez bien l’ambiance. Google veut rester au niveau sur les modèles de pointe, mais aussi transformer ses avancées en revenus plus tangibles. Les investisseurs, eux, regardent la facture d’infrastructure de très près. Les deux camps ont leurs raisons, et elles ne se superposent pas toujours.

Des départs qui pèsent sur la culture DeepMind

Le changement le plus visible, à court terme, vient peut-être du départ de Jeff Dean après 27 ans chez Google. L’un des architectes de l’infrastructure technique du groupe s’en va avec trois autres figures reconnues de l’IA — Sanjay Ghemawat, Oriol Vinyals et Quoc Le — pour lancer Discovery Loop, une start-up qui veut automatiser la recherche scientifique grâce à l’IA. Google a pris une participation dans cette société et lui fournira de la puissance de calcul, selon Sundar Pichai.

Dans les faits, ce type de sortie ne signifie pas forcément un effondrement organisationnel. Mais il réduit un peu plus la concentration de talents historiques autour de DeepMind, un laboratoire qui a longtemps fait la différence par sa densité scientifique. Jeff Dean, en particulier, incarne cette mémoire technique que Google ne remplace pas en un claquement de doigts.

Le dilemme de Google : science ou vitesse de marché ?

La séquence actuelle met en lumière une tension plus profonde. Demis Hassabis a bâti sa réputation sur une IA utile à la science, de AlphaGo à AlphaFold, tandis que Google cherche à monétiser rapidement ses avancées dans la recherche, les assistants et les services cloud. Ce décalage explique aussi pourquoi son passage à un rôle plus stratégique pouvait finir par arriver.

Au milieu de tout cela, Google continue d’investir massivement dans l’IA, avec des dépenses d’infrastructure qui restent scrutées par Wall Street. La société doit donc courir sur deux pistes à la fois : garder des chercheurs de premier plan et prouver que ses modèles rapportent vraiment. Pas toujours simple quand le train de la concurrence, lui, ne ralentit pas.

Points clés

  • Demis Hassabis quitte la gestion quotidienne de DeepMind mercredi.
  • Koray Kavukcuoglu prend la direction opérationnelle du laboratoire.
  • Jeff Dean part avec trois chercheurs pour fonder Discovery Loop.
  • Gemini revendique plus de 950 millions d’utilisateurs mensuels.
  • Alphabet a perdu environ 4% après l’annonce, mercredi.
  • CNBC décrit une compétition “ferocious” face à OpenAI et Anthropic.

En chiffres

  • 27 ans — ancienneté de Jeff Dean chez Google avant son départ.
  • 950 millions — utilisateurs mensuels revendiqués par Gemini, selon Google.
  • 4% — baisse d’Alphabet mercredi après l’annonce, selon les sources.
  • 2024 — année du prix Nobel de chimie de Demis Hassabis.

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