USA Today attaque OpenAI pour l’usage de ses articles

USA Today Co. et plusieurs journaux locaux poursuivent OpenAI à New York pour avoir, selon eux, entraîné ses modèles sur des centaines de milliers d’articles protégés. L’éditeur réclame plus de 250 millions de dollars et dénonce un préjudice continu.

USA Today Co. et plusieurs journaux qu’elle possède ont déposé, le 8 octobre 2026, une plainte fédérale contre OpenAI à New York. L’éditeur l’accuse d’avoir entraîné ses modèles sur des centaines de milliers d’articles protégés sans autorisation, puis d’en avoir restitué des versions qui se substituent aux originaux. La demande dépasse 250 millions de dollars. Et le dossier s’inscrit dans une série de contentieux qui testent la frontière entre entraînement d’IA et droit d’auteur.

Une plainte qui vise le cœur du modèle économique

Le dossier, intitulé USA Today Co., Inc. v. OpenAI Foundation, a été déposé devant la Southern District of New York par Steven Lieberman, du cabinet Rothwell, Figg, Ernst & Manbeck. Les plaignants affirment qu’OpenAI a utilisé leurs contenus pour construire des produits valorisés à des centaines de milliards de dollars, sans leur demander la moindre autorisation. Selon la plainte, l’usage contesté leur cause un préjudice “réel et continu”.

Les journaux concernés appartiennent à USA TODAY Co., anciennement Gannett Co., Inc., un groupe qui dit publier USA TODAY et des centaines de quotidiens. La plainte mentionne 19 titres, parmi lesquels The Tennessean, Indy Star, The Columbus Dispatch, The Oklahoman ou encore The Detroit Free Press. Le groupe rappelle aussi employer des centaines de journalistes dans treize États et avoir remporté des dizaines de prix Pulitzer.

Des exemples de sorties qui remplaceraient la lecture de l’article

Le cœur de l’argument tient dans les réponses produites par GPT-5.6, citées en annexe. D’après les plaignants, le modèle a été invité à retrouver et résumer des articles précis, puis a généré des synthèses longues, structurées en plusieurs sections, qui reprenaient l’organisation et le contenu des textes originaux. La plainte soutient qu’OpenAI a post-entraîné ses systèmes pour résumer des articles protégés au lieu de renvoyer vers eux.

Cette logique aurait un effet simple : si la réponse suffit, le clic disparaît. La plainte cite d’ailleurs une déclaration du responsable de ChatGPT selon laquelle, une fois la réponse fournie, il n’y a “no good reason to click” vers la source. Les auteurs du dossier ajoutent qu’un ingénieur d’OpenAI estimait déjà que, peu importe la visibilité des liens, les utilisateurs ne cliqueraient pas. C’est un peu le cauchemar des éditeurs, version interface propre et synthèse impeccable.

Ce que la plainte reproche à l’entraînement des modèles

USA Today Co. affirme qu’OpenAI a entraîné ses grands modèles de langage sur des contenus aspirés sur internet sans tenir compte des paywalls ni d’autres restrictions d’accès. Le dossier soutient aussi que des programmes auraient été utilisés pour retirer les informations de gestion des droits d’auteur, ces données qui indiquent qu’une œuvre est protégée et qui en identifient le titulaire.

La plainte cite aussi des éléments techniques précis. Elle indique que les contenus des publications des plaignants représenteraient plus de 160.000 entrées dans WebText, le corpus interne utilisé pour GPT-2, dont 83.266 entrées issues de usatoday.com et 12.994 de freep.com. Elle ajoute que leurs domaines totaliseraient plus de 122 millions de tokens dans C4, un sous-ensemble nettoyé de Common Crawl, et rappelle qu’OpenAI a publié un mélange d’entraînement de GPT-3 où Common Crawl comptait pour 60 % et WebText2 pour 22 %.

Autre angle d’attaque : les plaignants disent qu’OpenAI savait ce que ses modèles faisaient. Ils citent des échanges internes, dont une phrase attribuée à la vice-présidence recherche : “We train our networks to memorize the training data — that’s their objective,” ainsi que des messages de 2022 évoquant un GPT-4 capable de mémoriser une grande quantité de données et de les régurgiter efficacement. Ces citations servent à appuyer l’idée que la reproduction n’était pas un accident.

Microsoft, les crawlers et la chaîne d’accès aux données

La plainte élargit aussi le tir à Microsoft. Selon le dossier, le groupe aurait fourni pendant trois ans une copie du Bing Index, base de plusieurs milliards de pages web, dans le cadre d’un projet codé Project Taxi. Il aurait aussi développé et exploité pour OpenAI un crawler baptisé Project Mango, rémunéré par OpenAI. Les plaignants y voient une autre voie d’accès à leurs articles.

Les défendeurs cités sont OpenAI Foundation, OpenAI GP, LLC, OAI International, Inc., OpenAI OpCo, LLC, OpenAI Global, LLC, OAI Corporation et OpenAI Group PBC. La plainte les présente comme des entités basées à San Francisco ayant participé directement aux faits reprochés ou en ayant tiré profit. Elle rappelle au passage la recapitalisation d’OpenAI du 28 octobre 2025, qui a fait de la structure non lucrative l’OpenAI Foundation et de la branche commerciale une public benefit corporation.

Un nouveau front dans la bataille du copyright

OpenAI fait déjà face à une série d’actions similaires, notamment celles du New York Times, de The Intercept, de Ziff Davis, de CBC/Radio-Canada, d’Encyclopaedia Britannica, de Merriam-Webster, du Seattle Times ou encore d’une coalition de près de 400 journaux locaux. USA Today Co. rejoint donc un contentieux plus large, dans lequel les éditeurs cherchent à faire reconnaître que l’entraînement sur des œuvres protégées ne relève pas d’un usage neutre du web.

Le dossier demande un jury et invoque des dommages-intérêts pouvant aller jusqu’à 150.000 dollars par violation volontaire du copyright, plus jusqu’à 25.000 dollars par suppression d’informations de gestion des droits. La plainte affirme enfin qu’en mars 2026 ChatGPT comptait plus de 900 millions d’utilisateurs actifs hebdomadaires et plus de 50 millions d’abonnés payants, ce qui donne une idée de l’ampleur commerciale du service contesté. L’équation est claire : plus l’outil s’impose, plus la pression juridique monte.

Points clés

  • Plainte déposée le 8 octobre 2026 à New York.
  • USA Today Co. réclame plus de 250 millions de dollars.
  • La plainte vise OpenAI et plusieurs filiales.
  • GPT-5.6 est cité dans des exemples de paraphrase.
  • ChatGPT revendiquait 900 millions d’utilisateurs hebdomadaires en mars 2026.
  • OpenAI Foundation apparaît dans la recapitalisation d’octobre 2025.

En chiffres

  • 250 millions de dollars — dommages réclamés par USA Today Co., États-Unis, 8 octobre 2026.
  • 160.000 entrées — contenus attribués aux publications plaignantes dans WebText, selon la plainte.
  • 122 millions de tokens — volume revendiqué dans C4 pour les domaines des plaignants.
  • 900 millions — utilisateurs actifs hebdomadaires de ChatGPT, selon la plainte, mars 2026.
  • 50 millions — abonnés payants de ChatGPT, selon la plainte, mars 2026.

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