USA TODAY attaque OpenAI sur l’usage de ses articles protégés

USA TODAY Co. et plusieurs titres affiliés ont saisi un tribunal fédéral de New York contre OpenAI le 8 octobre 2026. Le groupe accuse l’entreprise d’avoir entraîné ses modèles sur des centaines de milliers d’articles sans autorisation et de remplacer les sources dans ses réponses.

USA TODAY Co. et plusieurs journaux affiliés ont déposé, le 8 octobre 2026, une plainte contre OpenAI devant le tribunal fédéral du Southern District of New York. Le groupe de presse affirme que ses articles protégés ont servi à entraîner les modèles GPT sans autorisation, puis à générer des résumés qui se substituent aux versions originales. La procédure vise plus de 250 millions de dollars de dommages et intérêts. Un dossier de plus dans une bataille qui commence à faire beaucoup de bruit dans les salles de rédaction.

Ce que reprochent les journaux à OpenAI

La plainte accuse OpenAI d’avoir aspiré des contenus publiés en ligne, y compris derrière des paywalls, puis d’avoir supprimé des informations de gestion des droits d’auteur associées aux œuvres. Les plaignants disent que les modèles ont été entraînés sur des centaines de milliers d’articles provenant de 19 publications du groupe, dont USA TODAY, The Tennessean, The Detroit Free Press ou encore The Arizona Republic.

Selon le dépôt, les contenus de ces médias représentent plus de 160 000 entrées dans WebText, le corpus interne utilisé pour GPT-2, dont 83 266 entrées pour usatoday.com et 12 994 pour freep.com. La plainte cite aussi plus de 122 millions de tokens dans C4, un sous-ensemble filtré du Common Crawl de 2019. Côté méthode, les demandeurs rappellent qu’OpenAI a déjà expliqué devant la Chambre des lords britannique, en décembre 2023, que limiter l’entraînement à des œuvres du domaine public ne suffirait pas à construire des systèmes répondant aux besoins actuels.

Des exemples de sorties qui remplacent l’article

Le dossier s’appuie sur des exemples produits par GPT-5.6, à partir d’une requête demandant de retrouver et résumer un article précis. Selon les plaignants, le modèle livre alors des synthèses longues, structurées en plusieurs sections, qui paraphrasent l’original au lieu d’envoyer le lecteur vers la source. Les exemples annexés concernent notamment des articles de l’Indianapolis Star, du Detroit Free Press, du Knoxville News-Sentinel, du Palm Beach Post ou du Milwaukee Journal Sentinel.

La plainte affirme qu’OpenAI a ensuite post-entraîné ses modèles pour résumer des articles protégés “in lieu” de renvoyer le texte source. Elle cite aussi un responsable de ChatGPT qui aurait reconnu qu’une fois une réponse fournie, il y a “no good reason to click” sur un lien, ainsi qu’un ingénieur estimant que, même avec des liens affichés de manière très visible, les utilisateurs ne cliqueront pas. L’enjeu économique est limpide : si le résumé suffit, l’abonnement au journal devient moins tentant. Pas idéal pour les éditeurs.

Une plainte pensée pour peser lourd

USA TODAY Co. demande un procès avec jury et invoque les sanctions prévues par le droit américain, jusqu’à 150 000 dollars par violation intentionnelle du copyright, plus jusqu’à 25 000 dollars par violation liée à la suppression des informations de gestion des droits. Le dépôt demande aussi que l’affaire soit traitée comme liée à un contentieux déjà consolidé dans le même tribunal autour d’autres plaintes visant OpenAI.

Les défendeurs nommés sont OpenAI Foundation, OpenAI GP, LLC, OAI International, Inc., OpenAI OpCo, LLC, OpenAI Global, LLC, OAI Corporation et OpenAI Group PBC. La plainte insiste sur le fait qu’ils seraient tous impliqués dans l’exploitation des modèles en cause ou en auraient tiré profit. Elle décrit aussi la recapitalisation d’OpenAI datée du 28 octobre 2025, avec la transformation de l’ancienne structure non lucrative en OpenAI Foundation et la création d’OpenAI Group PBC comme entité à but lucratif à mission d’intérêt public.

Pourquoi cette affaire compte pour le marché de l’IA

Le dossier arrive alors qu’OpenAI revendiquait, selon ses propres communications citées dans la plainte, plus de 900 millions d’utilisateurs actifs hebdomadaires de ChatGPT et plus de 50 millions d’abonnés payants en mars 2026. Pour les éditeurs, l’enjeu dépasse un simple litige sur quelques extraits : il touche au modèle économique des médias, à la frontière entre recherche et substitution, et à la manière dont les grands modèles se nourrissent de contenus publiés.

La plainte va aussi plus loin en évoquant des communications internes, des jeux de données et des collaborations avec Microsoft, notamment le Bing Index et un crawler décrit comme Project Mango. Ces éléments devront être examinés devant le tribunal [à vérifier], mais ils montrent la stratégie des plaignants : documenter non seulement la présence des articles, mais aussi l’architecture supposée de leur réutilisation. Dans ce type de dossier, la bataille ne se joue pas seulement sur le droit d’auteur. Elle se joue aussi sur la preuve technique, et là, le texte est rarement lisse.

En chiffres

  • 8 octobre 2026 — date du dépôt de la plainte à New York.
  • Plus de 250 millions de dollars — dommages et intérêts réclamés par USA TODAY Co.
  • 19 publications — titres concernés dans le groupe plaignant.
  • Plus de 900 millions — utilisateurs actifs hebdomadaires de ChatGPT, selon OpenAI cité par la plainte, mars 2026.
  • Plus de 50 millions — abonnés payants de ChatGPT, selon OpenAI cité par la plainte, mars 2026.

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