Hark veut faire exécuter le web par un agent autonome

La startup Hark présente Handoff, un agent capable d’agir seul sur le web pour réserver, commander ou recruter. La société promet des performances élevées, mais plusieurs comparaisons restent à vérifier.

Hark, startup fondée plus tôt cette année par Brett Adcock, a dévoilé Handoff, un « computer use agent » conçu pour naviguer sur le web et exécuter des tâches de bout en bout à la place d’un utilisateur. L’outil doit pouvoir commander un dîner, réserver un vol ou contacter des candidats sur LinkedIn sans intervention humaine continue. La société ouvre les inscriptions au public dès aujourd’hui sur hark.com, avec une disponibilité annoncée plus tard ce mois-ci. L’enjeu dépasse la démonstration technique : si l’agent tient ses promesses, il pourrait déplacer une partie du travail d’écran vers des logiciels capables d’agir seuls.

Un agent qui ouvre son propre ordinateur virtuel

Handoff fonctionne, selon Hark, en lançant pour chaque requête un ordinateur virtuel dédié avec navigateur, système de fichiers et terminal. L’utilisateur peut y connecter ses comptes existants pour que l’agent utilise adresses, moyens de paiement et historiques déjà enregistrés. En clair, le logiciel ne se contente pas de répondre : il clique, saisit, compare et valide, ce qui le rapproche d’un assistant d’exécution plus que d’un simple chatbot.

Dans sa vidéo de lancement, Brett Adcock montre Handoff en train d’aller chez un fleuriste après une demande formulée à voix haute. Le message de fond est limpide : l’agent est censé « loop » en continu, selon les mots du fondateur, c’est-à-dire enchaîner plusieurs actions jusqu’au résultat final. Une promesse séduisante. Et un peu ambitieuse, comme souvent quand un ordinateur prétend savoir quoi faire sans qu’on lui tienne la main.

Des chiffres flatteurs, mais pas toutes les comparaisons idéales

Sur le benchmark Online-Mind2Web, Hark revendique un score de 97,7 pour Handoff, contre 92,8 pour GPT 5.4, 84,1 pour Claude Opus 4.8 et 69 pour Gemini 2.5 Pro. La startup affirme aussi servir son modèle à un coût inférieur à un dixième de celui de plusieurs modèles frontières, avec 0,18 dollar par million de tokens en entrée et 2,37 dollars par million en sortie, contre 5 et 30 dollars pour GPT 5.5. Hark annonce enfin une latence de 0,8 seconde par tour.

Mais ces comparaisons appellent prudence. Les modèles les plus récents, comme GPT-5.6 d’OpenAI ou Opus 5 d’Anthropic, ne figurent pas dans le tableau fourni à VentureBeat, et aucune mesure indépendante de latence n’est citée. Même dans les résultats mis en avant par Hark, GPT 5.5 fait mieux que Handoff sur WebTailBench v2, avec 72,3 contre 68,6. Les scores restent utiles, mais ils ne suffisent pas encore à trancher entre démonstration solide et photo flatteuse.

Le vrai sujet, c’est la fiabilité en conditions réelles

Le point sensible pour les entreprises n’est pas seulement la performance brute. C’est la capacité du système à agir sans erreur dans des environnements variables, à gérer les identifiants, puis à conserver des traces sûres des opérations effectuées. Hark reconnaît que son produit reste en « technical preview » et promet d’en dire plus sur la sécurité et la confidentialité lorsqu’il atteindra le marché à la fin de l’été.

Autre zone grise : le modèle de base utilisé, ainsi que la part de données propriétaires et ouvertes dans l’entraînement, n’ont pas été précisés. La société décrit un pipeline mêlant supervision fine puis apprentissage par renforcement asynchrone avec GRPO, mais elle indique aussi n’avoir fait pour l’instant que du post-training, le pré-entraînement étant prévu plus tard cette année. Pour les acheteurs potentiels, la question n’est pas académique : elle touche à la robustesse, au coût d’intégration et au niveau de contrôle réel sur les données.

Une stratégie portée par Brett Adcock et ses moyens financiers

Hark est la quatrième société de Brett Adcock, après Vettery, Archer Aviation et Figure AI. Le fondateur dit avoir injecté 100 millions de dollars de sa poche, tandis que la levée de mai 2026 a porté 700 millions de dollars en série A à une valorisation de 6 milliards de dollars, avec Parkway Venture Capital, Nvidia, AMD, Intel Capital, Qualcomm Ventures, Salesforce Ventures et ARK Invest au tour de table. La société entretient aussi un lien avec Figure : selon un porte-parole, les modèles de Hark sont entraînés sur les robots Figure, sans projet de fusion entre les deux entités.

Le contexte compte, car Adcock a déjà été critiqué pour des annonces jugées trop généreuses sur les capacités de ses produits, notamment autour de Figure et de BMW. Cela ne rend pas Handoff moins intéressant, mais cela pousse à lire chaque métrique avec un sourcil levé. Si l’agent tient vraiment ses coûts et ses performances, il pourrait bousculer une partie du marché des assistants web d’entreprise, où la promesse d’automatisation se heurte encore à la réalité des sites, des identifiants et des formulaires.

Pourquoi ce lancement compte pour le marché des agents

Hark arrive sur un terrain où les agents capables d’utiliser un ordinateur progressent vite, mais où les différences entre démo et usage fiable restent encore nettes. La société met en avant un accès direct au web, là où moins d’un site sur mille disposerait d’une API publique, selon ses recherches internes, ce qui explique en partie l’intérêt de ces outils : ils tentent de travailler avec l’existant plutôt que de demander au web de se refaire une santé. Pour les entreprises, l’intérêt potentiel est clair sur la veille, le recrutement ou certaines réservations. Reste à savoir si Handoff saura encaisser la vraie vie sans se prendre les pieds dans un captcha ou un formulaire mal rangé.

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