Robotique humanoïde et cheval robot : la Chine accélère, mais bute encore

Unitree prévient qu’un robot humanoïde mettra encore des années à atteindre son « moment ChatGPT ». À Pékin, DaxAI a montré un robot-cheval biplace, signe d’un marché chinois qui s’étend vite, mais pas encore sans limites.

La robotique humanoïde chinoise avance vite dans les annonces, beaucoup plus lentement dans les usages. Wang Xingxing, fondateur de Unitree Robotics, estime qu’il faudra encore de deux à dix ans pour voir le « ChatGPT moment » des robots, c’est-à-dire un seuil où une machine pourra exécuter la majorité des tâches dans un environnement inconnu à partir d’ordres simples. En parallèle, DaxAI Robotics a présenté à Pékin un robot-cheval capable de transporter deux personnes, preuve que la course ne se limite plus aux humanoïdes. Ce double mouvement dit bien où en est le secteur : spectaculaire, commercialement prometteur, mais encore freiné par la précision et la généralisation des mouvements.

Unitree tempère l’euphorie après une entrée en Bourse très suivie

La mise au point de Wang Xingxing intervient après les débuts boursiers de Unitree à Shanghai, mercredi, où le titre a clôturé 460% au-dessus de son prix d’offre de 150,80 yuans. L’introduction en Bourse représentait une levée d’environ 905 millions de dollars, signe de l’appétit des investisseurs pour la robotique humanoïde. Jeudi, l’action a ensuite chuté d’environ 19% pour terminer à 687 yuans, selon LSEG. Le contraste est net : l’enthousiasme financier court plus vite que les capacités des machines.

Lors du World Robot Conference à Pékin, Wang a expliqué qu’un vrai tournant viendrait quand un robot pourra être placé dans une maison inconnue et réussir environ 80% des tâches via la voix ou le texte. Selon sa traduction par CNBC, ce cap pourrait arriver « dans deux à trois ans si tout va vite, ou cinq à dix ans si tout va lentement ». Il avait été plus optimiste l’an dernier, évoquant moins de cinq ans. Cette prudence dit quelque chose d’assez simple : les démonstrations virales ne font pas encore une industrie rentable.

Le dirigeant de Unitree a aussi pointé le cœur du problème, à savoir la généralisation. Les robots restent incapables de réapprendre facilement d’une tâche à l’autre et doivent souvent être retrainés depuis zéro. Ils savent planifier des mouvements larges, mais échouent encore sur les « derniers centimètres ou millimètres », selon ses mots. Pour y remédier, Unitree travaille sur une boucle de développement auto-évolutive, où des modèles d’IA écrivent et testent le code de contrôle des robots, puis réinjectent les résultats dans l’itération suivante.

La Chine pousse fort, mais la capacité réelle reste le juge de paix

Le marché chinois profite d’un contexte très porteur. Selon Morgan Stanley, les livraisons mondiales de robots humanoïdes ont atteint environ 19 000 unités au premier semestre 2026, soit une hausse de 272% sur un an, et les fabricants chinois ont représenté 97% de ces ventes. La banque prévoit 50 000 livraisons en Chine sur l’année 2026, contre 12 000 en 2025. Dans ce contexte, l’enjeu n’est plus seulement de produire des robots visibles et photogéniques, mais de prouver qu’ils apportent un gain de productivité mesurable. Le cirque médiatique a ses limites ; les feuilles de calcul, elles, ne rient pas.

Ying Zhang, de l’Economist Intelligence Unit, résume bien le test à venir : il faudra voir si les avancées de l’« embodied AI » se traduisent par des retours économiques suffisants pour justifier un déploiement à grande échelle. L’expression désigne une IA incarnée dans un corps physique, capable d’agir dans le monde réel. C’est précisément là que le secteur se joue, entre promesse d’usage et coût d’intégration.

DaxAI mise sur le robot-cheval, une autre voie vers la mobilité

À quelques kilomètres de cette bataille autour des humanoïdes, DaxAI Robotics a présenté au World Robot Conference 2026 son Qiji X1, un robot-cheval quadrupède qui ressemble à un croisement entre un robot-chien et un quad. L’engin peut transporter jusqu’à 300 kilogrammes, soit deux personnes sans difficulté, et se pilote comme une moto. Il embarque une IA DaxBrain-WM pour coordonner les appuis, avancer, reculer, se déplacer latéralement ou tourner sur place. La machine vise aussi les terrains accidentés et les opérations de secours.

Le Qiji X1 est électrique, atteint 10 km/h et annonce 40 kilomètres d’autonomie. DaxAI prévoit une production en série d’ici la fin de l’année, avec un prix visé d’environ 300 000 yuans, soit environ 38 200 euros. Une version wheel-legged, la Qiji X1 XS, est aussi proposée à 359 000 yuans, soit environ 53 000 dollars selon les informations publiées. [à vérifier] La comparaison avec le Corleo de Kawasaki est instructive : le modèle japonais n’était qu’un concept, quand le robot chinois est déjà commercialisé.

En chiffres

  • 460% — hausse de clôture de Unitree à Shanghai, mercredi.
  • 19 000 unités — livraisons mondiales d’humanoïdes au 1er semestre 2026, selon Morgan Stanley.
  • 97% — part des ventes chinoises dans ces livraisons, selon Morgan Stanley.
  • 300 kilogrammes — charge utile annoncée du robot-cheval Qiji X1.
  • 10 km/h — vitesse maximale annoncée pour le Qiji X1.

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