Washington soupçonne des modèles chinois d’avoir copié l’IA américaine

Le Trésor américain dit examiner si des modèles chinois ont été distillés à partir de modèles américains. Scott Bessent évoque aussi de possibles sanctions, alors que les tensions sur la propriété intellectuelle montent d’un cran.

Le Trésor américain a indiqué mardi que l’administration Trump allait examiner si des modèles d’intelligence artificielle chinois ont été distillés à partir de modèles américains. Scott Bessent, secrétaire au Trésor, a dit à Fox Business que le gouvernement ne soutient pas le « IP theft ». Dans ce contexte, Washington mélange compétition technologique, soupçons de copie et menace de sanctions. L’affaire compte car elle touche à la fois la propriété intellectuelle, la rivalité États-Unis-Chine et la vitesse à laquelle les modèles ouverts gagnent du terrain.

La distillation, méthode technique au cœur du bras de fer

La distillation est un procédé d’entraînement où un petit modèle apprend à partir des réponses d’un modèle plus puissant. Autrement dit, on récupère la matière grise d’un système pour en fabriquer un autre, plus léger. Scott Bessent a dit que l’administration regardera si « overseas models are stealing from our great companies », ajoutant : « we have the ability to sanction them because of this theft ». Il a aussi affirmé : « We are finding watermarks of our U.S. large language models on many of the Chinese models, and that's unacceptable ». Ces propos placent la question sur un terrain bien plus politique que technique.

Anthropic a déjà accusé Alibaba dans une lettre envoyée le mois dernier au comité bancaire du Sénat américain, parlant du « largest known distillation attack » à ce jour. De leur côté, des modèles chinois open-weight, c’est-à-dire dont les poids sont accessibles, progressent face à des offres américaines comme OpenAI et Anthropic. Moonshot AI, startup chinoise, a lancé Kimi K3 plus tôt ce mois-ci, un modèle présenté comme meilleur sur certains tests de référence de l’industrie.

Une rivalité qui dépasse les seuls modèles

Les accusations ne tombent pas dans le vide. Les acteurs américains de premier plan ont eux aussi été visés par des plaintes liées aux données d’entraînement. Anthropic a accepté de payer 1,5 milliard de dollars en septembre dans un recours collectif intenté par des auteurs, qui l’accusaient d’avoir téléchargé illégalement des livres depuis des bases piratées. OpenAI et Microsoft ont été poursuivis par le New York Times en 2023, le journal estimant que leurs contenus avaient servi à entraîner des modèles sans autorisation. Bref, chacun surveille les mains de l’autre, et personne n’a les gants immaculés.

La séquence est aussi diplomatique. Selon Reuters, des discussions sur l’IA entre les États-Unis et la Chine sont prévues en septembre, avec Scott Bessent comme représentant américain. À ce stade, Washington n’a pas détaillé les mesures envisagées, ni les critères qui serviraient à établir une distillation illicite. Mais le signal est clair : la bataille de l’IA ne se joue plus seulement sur la performance des modèles, elle se joue aussi sur l’origine de ce qu’ils savent faire.

Ce que Washington cherche à défendre

Le message américain vise plusieurs cibles à la fois. D’abord, les grandes entreprises locales comme OpenAI et Anthropic, dont l’avance est contestée par des modèles chinois plus ouverts et souvent moins chers à déployer. Ensuite, la crédibilité d’un marché où la propriété intellectuelle reste un argument commercial autant qu’un sujet juridique. Enfin, la capacité de l’administration à réagir vite si elle estime qu’un modèle étranger a repris, sans autorisation, la valeur construite par des laboratoires américains. Pour les clients, la conséquence est plus terre-à-terre : choisir un modèle ne revient plus seulement à comparer ses scores, mais aussi son origine, ses usages et son exposition au risque réglementaire.

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